LA DÉMOCRATIE SANITAIRE
DANS LE CHAMP DE LA SANTÉ MENTALE
Rapport remis au ministre délégué à la santé par le docteur Jean-Luc ROELANDT
12 Avril 2002
TABLE DES MATIERES
PREFACE       
Le plan de santé mentale du 14 novembre 2002, faisant suite au rapport Piel et Roelandt et à celui de la Cour des comptes sur la psychiatrie, va dans le sens du décloisonnement des pratiques. La démocratie sanitaire avance à grands pas depuis la loi du 4 mars 2002, par laquelle l'implication des usagers et la mise en place des réseaux sont enfin facilitées.
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«  La psychiatrie garde en effet une spécificité forte malgré une relative banalisation ces 20 dernières années, notamment dans ses lieux de soins, désormais ouverts et à proximité des autres services médicaux. Mais là où la médecine s’appuie trop souvent sur une vision d’organe et des principes de causalité linéaire, la psychiatrie demeure référée à une approche globale qui transcende la partie. Le propre de l’appareil psychique est justement de ne pas renvoyer une image de fonctionnement réflexe, “  ”. Alors que la maladie somatique est souvent ressentie comme étrangère au sujet, la souffrance psychique renvoie à l’intimité de la personne et plus qu’ailleurs la frontière entre le normal et le pathologique est quelquefois difficile à percevoir… Le fait psychique et son extension psychopathologique conservent bien des mystères. On ne peut cependant les concevoir que dans une temporalité qui renvoie à l’histoire de chacun plus qu’à un moment donné. En fait, cette conception de la maladie à lire dans l’histoire de la personne devrait pouvoir s’appliquer à toute la médecine... Force est de constater que la technologie médicale triomphante et le mouvement de surspécialisation engagé, se traduisent de plus en plus souvent par des réponses ponctuelles, en forme de passage à l’acte, visant à réparer la partie défaillante en se souciant de moins en moins du tout. La psychiatrie ne peut pas, ne doit pas se laisser entraîner dans ce mouvement. Elle doit rester une approche de la personne, de l’être humain, pas du neurone.
Mais peut-on, doit-on traiter tout symptôme, tout comportement “hors normes”, tout désespoir ? Toute détresse ne relève, pas a priori, de la psychiatrie. Dans bien des domaines, la souffrance est un gage de normalité et d’insertion sociale lorsqu’elle peut être partagée. Cependant, à mesure que les liens sociaux se transforment, les occasions d’échange se raréfient. Des actes banals, comme pouvoir parler de sa souffrance, se transforment souvent en actes médicalisés. Penser qu’il existe un remède à tous les maux relève de l’illusion et la première réponse thérapeutique consiste, dans certains cas, à rappeler qu’il n’est parfois ni possible, ni souhaitable de combler tous les manques. |
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«propos du travail en réseau rarement formalisé, il faut parler des nombreuses résistances et ne pas avoir peur de ce mot, résistance des soignants du fait de leur culture asilaire qui est une culture de ghetto avec tout ce que cela implique de richesse aussi mais entre soi  ; de ce fait, le réseau est un peu antinomique. Résistances des administrations très hospitalo-centriques qui n’encouragent pas ces initiatives qui doivent toujours se faire contre et jamais avec. D’où lassitude avec, de plus, de nombreuses nouvelles missions.
Dire aussi que mettre en place un réseau est très coûteux en temps, du moins au début, nécessite des propositions financières d’accompagnement concrètes à mettre en place par les hôpitaux. Sinon, entre la RTT et le contexte de pénurie de postes de soignants, le réseau restera un vœu pieux  ceux qui auront voulu le faire se seront épuisés, ceux qui n’auront pas voulu auront beau jeu de dire  «ne nous a pas donné les moyens.  » Or, c’est une priorité et les mesures d’accompagnement financier ne sont pas énormes alors que l’enjeu, lui, l’est. |
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DES RESEAUX DE VILLE A L’INITIATIVE DE LA MUNICIPALITE  NANTERRE
est-ce qu’on peut faire au niveau d’une ville  Nanterre est une grosse ville. On a une idée des besoins et des outils. Entre des priorités déclinées à niveau régional ou départemental et ce qu’on peut faire au niveau du territoire, on peut faire de la coordination. On a créé une délégation aux personnes handicapées, sans aucune cohérence ni aucune globalité. J’ai confié une enquête au CREAI pour savoir ce qu’il en est des besoins dans la ville. Nous aurons une assemblée générale la semaine prochaine entre associations, usagers, professionnels, pour déterminer les priorités. C’est une initiative d’une ville, rien ne l’oblige à le faire. On va développer des réseaux, de l’accompagnement physique, mais il y a des choses que la ville ne fera pas  nous porterons des priorités, mais uniquement sous pression des habitants, par contractualisation avec des partenaires financeurs, dans le cadre de la déclinaison des mesures régionales ou départementales. Le ministre a dit que la santé devait être dans les priorités des contrats de ville et a mis un outil  les Ateliers Santé Ville (ASV).
Si on n’a pas quelque chose qui est de l’ordre de l’injonction et quelque chose qui est de l’ordre du cofinancement, certains feront, et d’autres ne feront rien du tout, d’autant plus que les personnes handicapées votent peu. Il n’y a pas 36 solutions. En santé communautaire, dans deux quartiers, on a fait des diagnostics participatifs essayant d’impliquer au maximum la population, en formant une quarantaine d’habitants-relais pour qu’ils aillent voir à leur tour 250 personnes pour aller leur poser un certain nombre de questions sur la santé, l’accès aux soins, les principaux obstacles qu’ils voyaient à la santé  -        Au Petit-Nanterre (80% de HLM, ZEP…)  souffrance psychosociale, santé buccodentaire, périnatalité, diabète-alimentation, toxicomanies. -        Dans le quartier du Parc  santé mentale dans les 3 priorités de chacun des trois groupes  professionnels de santé, autres professionnels, habitants. On associe ensuite la population à la recherche de solutions. Les gens disent ne pas savoir où s’adresser. On a mis en place des groupes de réflexion  : groupe co-animé par le secteur, avec population, professionnels socio-éducatifs… qui échange de l’information, se bat pour des priorités dans le cadre de l’ASV et du PRAPS (les Tournesols, accueil psychiatrique pour très jeunes enfants  la CPAM n’y met pas un radis, bien qu’on soit complètement dans le soin). La prévention précoce des troubles psychiques des enfants est plus facile à faire financer dans le cadre du contrat local de sécurité (CLS)que par la CPAM. Fondamentalement, c’est cela la mise en œuvre  les outils existent, mais si personne ne sait ce qu’est un CMPP, personne n’ira. Quand les militants se croisent avec des élus qui sont aussi militants, c’est bien, mais cela ne garantit rien en termes de généralisation. Exemple du CLS  les élus municipaux étaient confrontés à la violence  depuis les CLS, tout le monde est autour de la même table, et chacun doit se poser. A partir de là, on met en place des trucs décidés régionalement ou plus haut qu’on adapte. C’est la logique infra communale dans les grandes villes. Dans le CLS de Nanterre, on trouve 53 fiches actions dont 11 qui ont à voir avec la psychiatrie. Cette intrication contre nature entre psychiatrie et sécurité existe faute d’autre cadre. Dans les quartiers, on peut avoir un groupe de travail santé mentale, mais pour moi, il faut arriver à des programmes locaux de santé publique contractualisés avec les différents acteurs  pour moi, les ASV n’en sont que la préfiguration. J’y mets le handicap. Ce n’est pas évident de le faire passer avec la santé, alors qu’il reste souvent avec le social. Il y a deux façons d’engager les élus locaux  leur objectif est d’être réélus  si la problématique apparaît majeure, il s’en saisiront  c’est de l’intérêt bien compris  : la souffrance psychosociale doit dépasser la stigmatisation, que la santé en général et la santé mentale en particulier devienne un objet politique. Quel contrat  L’ASV est la même logique que le CLS. Comment la puissance publique peut, au-delà des compétences données par les lois de décentralisation, inciter des actions  ? Il y a de plus en plus de contrats de ville, et de plus en plus de volets politique de la ville dans les contrats État-Région. Cela représente très peu de choses en termes budgétaires, mais c’est un outil très précieux. Si on dit que les élus sont responsables de la mise en œuvre locale des programmes de santé publique, la santé mentale en fera partie, mais jamais si on focalise sur la santé mentale uniquement.  » (Dr Laurent El Ghozi, adjoint santé au maire de Nanterre) |
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1.        Susciter une réflexion communautaire sur la Santé Mentale ;
2.        Réunir les interlocuteurs pour qu’ils participent à la politique de Santé Mentale du secteur de psychiatrie ; 3.        Articuler l’activité des collectivités locales, des institutions, des professionnels de la santé, des travailleurs sociaux, des représentants des usagers, mais également des praticiens libéraux ; 4.        Susciter des alternatives innovantes à l’hospitalisation. Le CLSM apparaissait comme « l’agora » où s’élaborait une culture commune favorisant une politique de création de structures médico-sociales. Structure souple fonctionnelle et mobilisatrice, le conseil permettait à chacun de faire connaissance et de lever ces « réticences » si fréquentes entre intervenants de logiques fonctionnelles, politiques et administratives très différentes. Le CLSM a permis une coordination à un échelon suffisamment proche des préoccupations locales pour se dispenser de structures juridiques. Aucun intervenant social, médical, éducatif, justice, police, logement, politique, ne s’est posé de problème de « loyauté » à l’égard de son institution d’origine. Le « décloisonnement » procédait d’un « esprit » de partenariat. Il n’y avait pas de budget, le secteur psychiatrique assurait le « secrétariat ».  Une nouvelle organisation a été proposée avec la mise en place d’un comité de pilotage, de groupes de travail et d’une journée de synthèse tous les deux ans en présence du Maire, suivie d’une publication des travaux des groupes et des interventions d’«» sur des grands problèmes de santé publique (alcoolisme, suicide ... ). Le CLSM est maintenant fonctionnellement plus structuré. C’est devenu une « institution », mais il est toujours basé sur une «» partenariale de ses acteurs dont aucun ne peut prétendre à la «» du système. Cela permet après une large concertation l’appropr |