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Les Formations Écriture
Trois groupes de formations Écriture ont été donc mise en place au CH de Laragne (deux uniquement ouverts aux infirmiers et un troisième proposé à un public plus large aides-soignantes, secrétaires médicales, infirmières, éducatrice spécialisée), puis deux au CH Gérard Marchant (le 2
ème groupe a du s’interrompre en raison de l’explosion d’AZF et de ses conséquences sur l’établissement : absence de salles, dispersion des personnels). Ces formations Écriture ont rassemblé 47 infirmiers. Le public de ces formations était très divers, on y retrouve des quasi non-écriveurs (11 %), des faibles écriveurs (11 %), beaucoup de moyens écriveurs (55 %) , quelques grands écriveurs (21 %) et un très grand écriveur (2 %). Les différentes classes d’âge et d’ancienneté professionnelle étaient représentées : des jeunes ides polyvalentes à l’infirmière de secteur psychiatrique proche de la retraite. On peut noter que 58 % des participants avait entre 10 et 20 ans d’ancienneté professionnelle..
Le projet était d’amener chacun à s’interroger et à mettre en mots leurs démarches de soin telles qu'elles se pratiquent et se pensent dans les unités.
Les objectifs des formations étaient :
Ÿ D’inviter chaque stagiaire à interroger son rapport à l’écriture,
Ÿ De permettre à chacun de trouver son style d’écriture,
Ÿ De favoriser une écriture infirmière plus proche de la clinique,
Ÿ De permettre à chacun de passer d’un genre d’écrits à un autre : de la note de synthèse, de l’observation à l’analyse de données en passant par la rédaction d’articles dans la presse professionnelle..
A l’issue de la formation, chaque stagiaire devait avoir écrit un texte clinique de quelques pages. A l’issue des formations, seuls 6 % des participants n’ont pu achever leur texte. Certains de ces textes ont été publiés dans des revues professionnelles : Santé Mentale, Soins Psychiatrie et Psy Cause. La formation réalisée à Laragne a débouché sur un ouvrage qui sera publié fin 2003, début 2004.
Ces formations représentaient un engagement important pour les stagiaires (10 jours de formation à raison d’un jour par mois) et pour les établissements.. Pour tous les stagiaires, l’écriture a une place importante dans leur pratique et mériterait d’en avoir une plus importante encore.. La formation a été investie avant même qu’elle ne commence. Tous les stagiaires l’ont fantasmée. Tous avaient des attentes plus ou moins réalistes. Tous les participants ont énoncé leur difficulté, voire leur incapacité à écrire. Au cours des séances inaugurales, beaucoup ont évoqué des souvenirs d'écoliers : les doigts bleuis d'encre, les pâtés sur les cahiers aux coins cornés, les ratures rouges et rageuses du maître, les réprimandes des mamans, etc. Lécriture renvoie à l’école et à sanction du maître décole. L'espace d'un moment tous ces adultes en formation continue sont redevenus les tous petits potaches d'autrefois. Puis sont apparus les soucis de la réalité d'aujourd'hui : objectivité (rendre compte le plus exactement possible d'un événement, sans se perdre dans les détails ) et légalité (laisser des traces au cas où la justice demanderait des comptes). Tout en sachant que cela n'existe pas, les stagiaires auraient apprécié que nous leur enseignions une écriture idéale, une " écriture universelle ". Que peut-on écrire ? Que ne peut-on pas écrire ? Où écrire quoi ? Ces questions sont revenues de manière récurrente ainsi que celle de la légitimité à le faire.
Beaucoup d’émotions ont été mobilisées autour de la formation.. Les animateurs ont du laissé le temps à l'émotion, aux échanges, aux paroles, aux silences, à la réflexion intime et au partage d'expériences. L'un ou l'autre parlait et relançait, un autre encore écoutait et observait, puis l'inverse et ensemble les animateurs ont tissé avec et autour de chaque groupe une ambiance propice à la création. Chaque séance a été soigneusement analysée et conclue pour préparer la suivante. Pour ce faire, les animateurs tenaient un cahier de route sur lequel, dès la première séance où les stagiaires ont été invités à décrire leurs motivations, l’un ou l’autre notait les éléments essentiels amenés par les stagiaires, de la même façon que le font les ethnologues. C’est à partir de ces notes longuement commentées que cette synthèse est rédigée. La raison d’être de ces notes étaient autant de préparer les séances que d’avancer l’étude. L’entretien classique se prête mal à une formation de groupe. A l’issue de la formation, les stagiaires toulousains ont préparé une intervention pour les JournEcritures, c’est ce texte que nous utilisons pour retracer leur parcours en formation et les questions que l’écriture a suscité en eux.
Les formations Écriture sont d'abord un espace de parole, un espace d'échange et de «éflexion » sur ou autour de la pratique, sur ou autour d'un savoir. C'est parce qu'il y a ces échanges, parfois d'une qualité exceptionnelle, qu'il peut y avoir écriture puis lecture. Il est clair que parole, écriture et lecture sont indissociables. Chaque participant est amené au hasard des séances à raconter un événement de sa vie professionnelle. Les animateurs et le groupe tout entier sont là. Ils écoutent, portent attention, posent des questions, affinent avec le soignant concerné l'histoire racontée. L'événement prend une autre forme, parfois un autre sens. Un véritable travail clinique se tisse en entremêlant savoir, intuition et émotion. Tous les stagiaires ont évoqué la sensation d’être réellement lus par le groupe et ses animateurs. C'est ensuite un espace de jeu et de plaisir. Il faut oser écrire. Tous les stagiaires ont évoqué une dimension de transgression dans ces temps de partage entre pairs, dans ces traces qu’ils laissaient par l’écrit. Écrire c'est raconter sa vision d'une personne, d'un événement ou d'une idée. C'est donc, tant par la forme que par le fond de son écrit, s'engager et s'exposer. C'est un dévoilement de soi qui ne peut se faire dans n'importe quelles conditions. C'est pour tisser cette ambiance que les animateurs proposent des « » d'écriture. Tout est bon pourvu que l'écrit se rapporte à une situation de soin. Guidés par la théorie de la communication, ils ont fait varier les adresses, les statuts, les fonctions des auteurs comme des émetteurs. Ils ont utilisé ces exercices soit comme " échauffement " pour commencer l'Atelier soit comme « récompense » après une journée de dur labeur et ils sont toujours attendus avec la plus grande joie. Plus les consignes sont «ées » plus elles réjouissent les participants. La mise en commun des textes est toujours un grand moment, le plus souvent très joyeux. L'objectif recherché est de (re)découvrir le plaisir d'écrire, autrement que comme à l'école qui avait pour beaucoup définitivement lié l'écriture aux devoirs.
C'est également un espace de « retraitement ». A l'inverse des arroseurs qui sont souvent arrosés un jour, ceux qui écoutent ou ceux qui pansent sont assez peu souvent écoutés ou pansés à leur tour. En ateliers écriture, les stagiaires utilisent parfois des moments difficiles de leur pratique pour les écrire de différentes manières, de la plus tragique à la plus burlesque. Mettre en mots alors, permet de faire le tour de ces moments pour lesquels il n'y a soi-disant pas « à faire tant d'histoires ». Ca permet de mettre des mots sur ce qui a touché, bouleversé, effrayé, etc. Ca permet de jouer avec la frontière entre la réalité et l'imaginaire
Enfin, c'est un espace d'élaboration psychique. Outre la réflexion clinique collective qui s'organise autour des expériences partagées, un véritable travail d'élaboration individuel est proposé. En effet, chaque stagiaire devait avoir écrit pour le premier atelier un petit texte à propos d'une situation de soin de son choix. Ce qu'ils ignoraient c'est qu'ils travailleraient ce texte pendant 10 mois. Ils l'ont remis en chantier, ré-interrogé au fil des séances, faisant progresser ensemble et la réflexion et l'écrit lui-même. Ce travail a permis à chacun d'élire sa propre question et de la mettre en débat avec d'autres, en même temps qu'un cheminement singulier était effectué dans l'écriture elle-même.
« Notre fonction d'animateur repose sur une réalité à la fois inénarrable et pourtant presque palpable dans un groupe : l'espace que nous réservons en nous pour chaque stagiaire. Nous recevons la création de chacun et renvoyons l'écho qu'elle fait en nous. Pendant des jours et des jours, la pièce est remise sur le métier. Au fil des séances nous suivons les transformations. De nouveau le stagiaire nous l'adresse, puis le groupe s'en mêle, s'enhardit et renvoie à son tour l'écho que ça fait en lui. Arrive enfin la phase finale où chacun peaufine : forme les pleins et les déliés, lisse les phrases, accorde les temps, gomme ici un mot, ajoute là une virgule. Au bout de quelques mois, gros de son œuvre, l'apprenti en " accouche ", parfois d'abord dans son intimité (chez lui, dans sa cuisine ou sa chambre à coucher), puis dans le petit cercle de l'atelier. C'est devenu un article ou une lettre, l'histoire d'une vie ou d'un événement, un poème ou une chanson... Purs moments d'émotion. Oui, c'est ce vide dont nous sommes capables, d'abord nous les animateurs puis tous ensemble (le groupe), qui permet à chacun de se découvrir, de rassembler le fil de sa pensée, de structurer ses conceptions et de faire émerger les mille et un joyaux qui nous ont été offerts en lecture. » (RAJABLAT (M), Ateliers de formation, psychose et écriture infirmière, 1ère JournEcriture de Laragne, Juin 2001, Site serpsy.org..)
Le premier constat réalisé dans le cadre de ces ateliers est qu’il existe bien un champ clinique infirmier que les soignants peuvent décrire avec plus ou moins de bonheur. Ce champ naît dans les soins quotidiens : toilette, injections retard, entretiens infirmiers, activités diverses, visites à domicile, etc. Chacun de ces soins apparaît aussi comme une rencontre à chaque fois unique avec une personne en souffrance. La richesse de ces écrits cliniques contraste avec la pauvreté du contenu retrouvé dans les dossiers de soins.
Si le temps et la distance avec le quotidien apparaissent comme des facteurs qui favorisent l’écriture, ils ne semblent pas être prépondérants.. Les exercices d’écriture qui intègrent les contraintes du quotidien (telles que la limitation du temps décriture, ou d’écrire en étant dérangé par un autre stagiaire) en terme de rédaction d’observations montrent que celles-ci peuvent être plus riches, plus pertinentes même si elles sont plus condensées
Le principal obstacle décrit par les stagiaires est la sensation de ne pas être lu. L’écrit doit être partagé, discuté. Il doit pouvoir nourrir la réflexion quotidienne, contribuer à prendre de la distance avec le quotidien et les problèmes de comportement posé par les patients.
Si les transmissions infirmières peuvent être un temps de partage des informations, elles ne fonctionnent qu’entre pairs qui peuvent constamment réguler, amender, corriger les informations transmises. Elles n’éclairent pas, ne contribuent pas à modifier réellement la prise en charge. C’est en réunion pluridisciplinaire que se fabriquent les écrits infirmiers ou dans la relation avec le médecin. La différence entre exercice intra et extra-hospitalier est décrite par tous les stagiaires. L’intra-hospitalier est davantage marqué par les nécessités de la surveillance, par les troubles du comportement des patients. En extra-hospitalier, le patient est moins perçu et moins décrit par ce qui dysfonctionne en lui. La relation directe avec le médecin facilite les échanges.
Les ateliers Écriture confirment la prégnance de l’oral dans la production de l’écrit professionnel, l’aspect essentiel en psychiatrie des réunions cliniques, qui valident ou non les perceptions infirmières. L’écrit et les échanges verbaux qu’il suscite permet d’une certaine façon de détoxiquer les infirmiers. A leurs perceptions souvent brutes, à ces observations qui se veulent objectives mais qui font la part belle au ressenti s’oppose un temps de réflexion en commun qui assigne une place à ce qui est du domaine de l’affect et à ce qui est une perception clinique.. C’est à partir de ce retraitement que se construit jour après jour la prise en charge.
La qualité des écrits cliniques infirmiers semble bien être un marqueur de la qualité de la réflexion clinique d’une unité de soins.
Les stagiaires ne disent pas autre chose lorsqu’ils décrivent le fonctionnement des formations. « Chacun confie une partie de soi dans ses écrits et se soulage du poids de certaines «en charge ». Ainsi sont partagées des émotions. A l'Atelier écriture, il se passe des choses troublantes. C'est un lieu où on se sent bien, où on se sent réconforté On en sort plus fort, plus armé, pour s'interroger et se projeter dans l'avenir. C'est un espace qui motive l'expression, nous libère et nous renforce dans notre travail de soignants. Il nous amène à prendre conscience de nos capacités, met à jour des points positifs souvent sous-estimés et ainsi renarcissise notre profession et redynamise notre travail. L'engagement à cette formation permet de donner du sens et de la valeur à notre travail, de mener une réflexion philosophique sur la pensée des soins. » (BAILLY-PADOVANI (V), BELLOMO (M.A), BOVERY (S), CITRON (D), DELGADO (B), GAMOT (A.M), GUIRAUDON (P), PELISSIER (H), PRAT (C), SAUTY-MARTINEZ (A), LEULLIER (G), Du plaisir des écrituriers toulousains, 1ère JournEcritures de Laragne, Juin 2001.) Les réunions cliniques devraient remplir cette fonction.
«ses idées, son ressenti, ses émotions sur une feuille blanche n'est pas chose facile d'emblée. Lorsqu'il s'agit d'événements concrets à rassembler autour d'un entretien thérapeutique, qui caractérise notre travail, les données peuvent paraître simples. Aller au delà de cette application c'est donner davantage de soi-même, quelque part se dévoiler. Au sein de l'Atelier, cette deuxième phase de l'écriture a pu se réaliser grâce à la reconnaissance, à l'écoute et à la confiance apportées par chaque membre composant le groupe. Ainsi, chacun d'entre nous a pu se découvrir de réelles qualités et ne plus douter de sa capacité à écrire. » (Ibid dernière citation)
« Pour ce qui est du contenu et du sens que nous avons voulu leur donner, ces écrits resteront une trace marquée du sceau de la reconnaissance et de la crédibilité. Nous avons pu cheminer progressivement et vaincre certaines difficultés ou la peur d'écrire. Nous avons découvert dans les textes de tel ou tel poésie et humour, gravité ou gaîté. D'autres étaient tellement chargés d'émotions que nous ne pouvions que nous taire et partager tous ensemble. » (BAILLY-PADOVANI (V), BELLOMO (M.A), BOVERY (S), CITRON (D), DELGADO (B), GAMOT (A.M), GUIRAUDON (P), PELISSIER (H), PRAT (C), SAUTY-MARTINEZ (A), LEULLIER (G), Du plaisir des écrituriers toulousains, op. cit.)
« Écrire reste un exercice difficile bien que parfois libérateur. L'écrit fige des sentiments qui se dévoilent. Nous écrivons avec notre logique et notre structure propre. Les mots sont abandonnés sur le papier. Alors que l'oral peut être considéré comme un prêt, qu'il permet l'échange et le débat immédiat, nos écrits, eux, mettent à la disposition des lecteurs nos idées, nos interrogations, nos tourments, nos observations, bref, un concentré de pensées très personnelles. Inévitablement, nous donnons un peu de nous mêmes, en prenant le risque que nos propos soient détournés de leur sens initial. Ce qui est dit a un caractère moins définitif que ce qui est écrit. La trace que nous laissons par l'écriture est empreinte d'une part de notre intime.
Quoiqu'il en soit, nous travaillons, nous échangeons, nous communiquons, bref, nous partageons.. Bienveillance, écoute, respect, professionnalisme, chaleur humaine, tous les ingrédients sont là pour que nous nous fassions confiance et que nous nous sentions en confiance . J'en reviens à mon papier. Sa lecture suscite, comme pour les autres, des commentaires. Je suis rassurée sur le fait que ce que j'ai écrit est compréhensible et assez structuré . Mais en serait-il de même s'il avait été lu par chacun et non entendu ? En le lisant, j'y mets une certaine intonation, je suis imprégnée d'un moment de vie de cette famille, j'appuie sur certains mots, faisant ainsi ressortir certaines émotions ... Bref, je maîtrise encore quelque chose. Les mots ne sont pas figés, je les rends vivants par la lecture. Lecture, mots vivants ? Écriture, mots figés, inanimés ? Une de mes craintes est de ne pas être lue dans l'esprit de ce que j'ai écrit. » (Ibid dernière citation)
« L'atelier écriture est terminé... C'est donc l'heure du bilan : moment d'échanges, de partage, de communication et de confiance. On se quitte régénéré, raffermi dans notre travail, pleinement satisfait.. Mais maintenant que va t' on faire de tout cela ? Que va-t-il rester en nous de cette formation si particulière? Quelques souvenirs de textes, de mots échangés, de petits cris écrits en tous genres, de jeux et d'émotions partagées, quelques textes publiés et quoi d'autre ? Nous avons été surpris car nous ne nous attendions pas à une telle formation. Mais aujourd'hui, nous sommes surtout surpris par ce que nous avons découvert dans l'après coup. Chacun a conservé son propre style d'écriture (rapports quotidiens et synthèses). Les mots que nous employons semblent être les mêmes. Alors, quelque chose en nous a-t-il changé ? Écrivons-nous davantage dans notre pratique professionnelle ? Il ne semble pas. Pourtant nous présentons un changement. Mais alors à quel niveau se situe-t-il? Peut-être est-ce dans la façon de considérer l'écriture, de la penser ou plus largement dans la manière d'appréhender les situations de soins. » (Ibid dernière citation)
« L'écriture nous permet une ouverture, c'est un temps où nous repensons à ce qui s'est joué avec le patient, où nous essayons à travers elle de mettre à distance et d'élargir notre réflexion. Nous émettons des hypothèses, faisons des suppositions.. Moins axés sur la description de symptômes, nos rapports deviennent des questionnements. Le temps de l'écriture permet de donner un sens, des sens à l'acte thérapeutique. Penser le patient différemment permet de créer un nouveau lien avec lui. Comme pour ce qui s'est passé lors de cette formation, nous n'avons toujours pas de réponses définitives ou sûres. Nous ne savons pas trop où cette réflexion va nous mener, si ce n'est que voir et penser le patient de manière différente ouvre un champ de liberté dans la création, un espace de relation singulier qui nous semble thérapeutique. Révéler l'implicite, tel a été pour nous l'objectif le plus important de cette formation. Remettre du sens là où il n'y en avait plus, à la fois dans nos situations de soins quotidiens et dans notre identité professionnelle.
Enfin l'implicite de nos textes, tous ces mots mis bout à bout nous ont révélé aux autres et surtout à nous-mêmes. Ils ont permis d'accepter de laisser s'échapper quelque chose de soi mais qui, transformés par le temps et la mise à distance de l'écriture, n'est déjà plus soi. Si notre travail d'écriture a changé notre façon de considérer le patient, il a aussi changé la relation avec nos collègues. Il a permis de créer des liens différents, d'accepter de donner à lire nos écrits. Partager c'est aussi s'exposer. C'est accepter que le regard de chacun soit modifié, soit reconnu dans sa différence. Bien sûr, tout cela est très progressif parfois imperceptible et toujours à renouveler. Et puis il reste sans doute le plus important : l'envie d'écrire ..... » (BAILLY-PADOVANI (V), BELLOMO (M.A), BOVERY (S), CITRON (D), DELGADO (B), GAMOT (A.M), GUIRAUDON (P), PELISSIER (H), PRAT (C), SAUTY-MARTINEZ (A), LEULLIER (G), Du plaisir des écrituriers toulousains,)
Ces formations Écriture ont laissé une telle trace qu’après l’explosion d’ AZF une fois passée la stupeur, la sidération, un temps important du travail de reconstruction psychique des soignants toulousains a été d’écrire leur expérience, de laisser une trace de l’événement et de la façon dont soignants et soignés y ont fait face.
Les formations ont confirmé pour l’essentiel les réponses au questionnaire : importance des réunions dans la fabrication de l’écriture, importance du lien infirmiers/médecin, difficulté à écrire son ressenti, sensation de ne pas être lu. Elles ont également mis en évidence les enjeux psychiques du rapport des infirmiers à l’écrit.
CONCLUSION
« Noter au dossier d’un client ce qu’elle vient d’observer et ce qu’elle vient de faire est de loin l’acte infirmier que pose le plus fréquemment l’infirmière praticienne. L’un des plus importants aussi, puisque la qualité et la continuité des soins en dépendent. Pourtant, quelle infirmière, si rompue soit elle aux exigences de la pratique, peut prétendre maîtriser parfaitement cet aspect fondamental de son métier qu’est la rédaction de notes au dossier Un jour ou l’autre, toute praticienne, si expérimentée soit elle, fait face à une situation clinique qui lui est moins familière et se demande au moment d’écrire ses notes “
’est-ce qu’il faut écrire exactement Est-ce que j’oublie quelque chose ” Et souvent, il lui arrive de chercher le mot juste, le terme exact, la tournure de phrase qui pourrait le mieux décrire ce qu’elle a observé. »
C’est certainement en psychiatrie que cette complexité est la plus grande. L’infirmier n’est pas uniquement en position d’observateur, sa subjectivité est mise à contribution et est elle-même un outil diagnostic, voire un outil de soin. Que noter Ces détails apparemment secondaires le sont-ils réellement C’est en relisant ses notes avant un entretien que l’infirmier est percuté par un élément biographique peu cohérent. C’est parce qu’il relance le patient sur ce point que le patient évoquera un abus sexuel subi dans sa petite enfance. En psychiatrie, le maître du jeu n’est pas le soignant mais le patient. C’est lui qui donne un statut à ces détails en apparence insignifiants. Faut-il transcrire ce que l’on sent N’est il pas plus important de noter uniquement ce que dit le patient pour laisser en évidence sa “ ”, pour ne pas la trahir Le patient raconte sa vérité du moment. Il dévoile son intimité au soignant. Quelles sont les limites à respecter Faut-il écrire ses interprétations Ses hypothèses N’est-ce pas poser quelque chose de définitif qui suivra le patient tout au long d’un parcours hospitalier marqué par la chronicité des troubles
Les questions posées par l’écriture clinique en psychiatrie sont nombreuses et parfois fondamentales.
L’accès direct du patient à son dossier rend cette question encore plus complexe.. Quel usage ferait un patient paranoïaque des écrits infirmiers contenus dans son dossier Si l’écriture médicale reste à distance, les infirmiers décrivent le quotidien. Trop écrire pourrait se retourner contre les soignants qui risqueraient de devenir alors des persécuteurs. Ne pas assez écrire pourrait également se retourner contre eux. Comment attester devant un juge de la dangerosité d’un patient si aucun élément dans le quotidien ne vient la décrire Comment justifier une obligation de soin si aucun soin n’est décrit dans le dossier
Les médecins font déjà pression sur les soignants pour qu’ils pratiquent la “éticence scripturale ”. “ Le psychiatre hospitalier avertira son équipe du risque que le dossier puisse être lu et incitera chacun à la prudence, au point qu’il existera de moins en moins d’espace transitionnel, parce qu’on légifère sur tout. ”
L’équipe laragnaise, en notant précisément ce que dit le patient, en lui offrant la possibilité de lire et de modifier ce qui est écrit au cours de l’entretien offre un élément de réponse à cette inquiétude, au moins en ce qui concerne les entretiens infirmiers. A défaut d’explorer cette voie, nous risquons d’assister à la disparition du peu d’écriture clinique existant.
Déterminer des normes de qualité relatives à l’écriture s’avère donc particulièrement délicat. Les conceptions de l’évaluateur l’amèneront à proposer des critères qui n’auront de sens que pour lui et qui risquent de brider les soignants les plus actifs en ce domaine. L’impératif se marie mal avec l’écriture. Ainsi que le montrent les ateliers “ ”, les normes et critères renvoient les soignants à leur apprentissage de l’écriture, aux premières rédactions, aux fautes d’orthographe. La relation à l’écrit prend facilement un aspect de persécution pour ceux qui ne sont pas sûrs de leur écriture. Des normes contraignantes risqueraient donc de renforcer encore ce vécu de l’écriture..
Il nous a semblé préférable de renvoyer cette question à chaque équipe. C’est en référence au projet de soin, à l’organisation institutionnelle que l’on doit évaluer la qualité des écrits. La création de groupes qualité pluriprofessionnels dont le rôle serait d’évaluer la qualité de l’écriture à partir des éléments fournis en annexe nous semble être le plus sûr moyen de mettre cette question en travail.
L’exemple de l’unité “ ” montre que pour peu que les soignants puissent s’approprier les supports, les fabriquer, les inclure dans leur pratique, il est possible de développer une authentique écriture clinique infirmière et d’évaluer la qualité des soins dispensés. Que les infirmiers de cette unité d’accueil réussissent à soigner sans chambre d’isolement, dans une unité aux portes ouvertes, comme le faisaient Bonnafé, Paumelle après guerre, montre que la question des écrits infirmiers dépasse le seul aspect évaluatif.
Dominique Friard.
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ANNEXES
ANNEXE I
Renseignements d’ordre général
*Profession ....................................................... Femme
Homme
* Ancienneté dans la profession
0-5 ans 6-10 ans 11-20 20-30 + de30
* Age
20-30 ans 31-40 41-50 51-60
* Niveau d’études
BEPC BAC 2ème cycle universitaire 3ème cycle universitaire
Autre ...............................
* Lieu d’exercice actuel, établissement de référence .................................................................
Unité d’hospitalisation intra-hospitalière CATTP CMP Nuit
Centre d’Accueil et de crise Hôpital de Jour Foyer Gériatrie
Autre ................................................................
1 Quelle place tient l’écriture dans votre pratique professionnelle
Très importante Importante Peu importante Pas importante du tout
2- Quelle place devrait-elle tenir
Très importante Importante Peu importante Pas importante du tout
3 De quelle nature sont vos écrits professionnels (du plus fréquent 1 au moins fréquent 6)
Notes de synthèse
Observations Transmissions d’information
Organisation du travail Travaux de recherche Comptes-rendus divers
4
A quelle (s) occasion (s) écrivez-vous ( moments, fréquence, circonstances) ?
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
5 Combien de temps consacrez-vous quotidiennement à l’écriture
............................................................................................................................................................
6 En moyenne, quel volume occupent vos écrits pour un même sujet
Deux lignes Cinq lignes Dix lignes Une page Plus
7 Les signez-vous
Oui
Non
8
Quel support utilisez-vous
............................................................................................................................................................
9 S’agit-il d’écrits individuels ou d’écrits rédigés en commun
............................................................................................................................................................
10 Existe-t-il des choses que vous n’écrivez pas Et si oui, à quel registre appartiennent-elles
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
11 A qui ces écrit sont-ils destinés
............................................................................................................................................................
12 Avez-vous l’impression que ces écrits sont lus
Jamais Parfois Souvent Toujours
13 Quels éléments vous permettent de le dire
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
14 Dans ce que vous écrivez, quels sont les 3 éléments les plus importants notez 1 pour le plus important et 3 pour le moins important)
Les troubles du comportement
L’évolution du sujet
Les mouvements dans l’institution Les relations établies avec le personnel
L’évaluation des actions entreprises
Projets individuels ou collectifs
15 Vos écrits sont-ils le support d’une réflexion collective Si oui, de quelle façon
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
16 - Avez-vous été formé à l’écriture? si oui, de quelle façon
.......................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
17 Lisez-vous les écrits de vos collègues
Jamais Quelquefois Souvent Toujours
18 Que vous apportent-ils
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
19 Vous apparaissent-ils satisfaisant Si non, qu’aimeriez-vous y trouver
..................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................
20 Citez cinq mots qui s’associent pour vous à “ Écriture ”
............................................................................................................................................................
ANNEXE II
Autour des temps de transmissions infirmières
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Item
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Oui
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Non
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Sans objet
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Il existe un temps de transmission infirmière le matin
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Sa durée est inférieure au quart d’heure
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Ce temps est compris dans le temps de travail
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Il existe un temps de transmission infirmière en début d’après-midi
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Sa durée est inférieure à la demi-heure
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Ce temps est compris dans le temps de travail
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Les prescriptions médicales y sont transmises
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C’est un moment de mise en commun des différentes informations relatives au patient tant sur des soins à accomplir que sur la dynamique psychique et sociale du patient
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Ce temps est un moment d’organisation du travail de l’équipe d’après-midi
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La prise en charge infirmière de chaque patient est abordée en équipe et éventuellement réactualisée
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Ce temps est l’occasion de définir une démarche de soin collective (diagnostic infirmier + plan de soin)
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Cette rencontre donne lieu à la rédaction d’un écrit
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Il existe un temps de transmission avec l’équipe de nuit
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Sa durée est inférieure au ¼ d’heure
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Ce temps est compris dans le temps de travail
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L’organisation des transmissions infirmières vous paraît-elle satisfaisante
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Quel point faudrait-il, selon vous, modifier
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ANNEXE III
Différents supports d’écriture utilisés
Une unité extra-hospitalière
Nous prendrons comme exemple, un CMP de Haute Garonne, pour repérer et décrire les 16 supports existants.
· Les agendas, ont le format de petits cahiers. Ils sont nominatifs. Ils sont noirs pour les 4 médecins et les 5 infirmiers, rouges pour la psychologue et les 2 Assistantes Sociales. La surveillante n’a pas d’agenda.. Sur les agendas des médecins, psychologue et assistantes sociales sont notés les rendez-vous, des renseignements sociaux des patients en premier rendez-vous et quelques notes “ête ”. Les infirmiers notent sur leurs agendas leurs rendez-vous de la semaine, quelques annotations “ête ”, les coordonnées personnelles des patients qu’ils vont voir à domicile ou qu’il faut appeler. Ces coordonnées sont écrites sur les répertoires amovibles insérés à la fin de l’agenda. Les agendas des médecins, de la psychologues et des AS sont rangés dans une armoire accessible par tous au secrétariat. Les agendas des infirmiers sont rangés sur le bureau de chaque infirmier. Chacun l’emporte avec soi ou le laisse sur son bureau. En dehors des consultations, secrétaire, surveillante, infirmiers écrivent sur les agendas des médecins, de la psychologue et des AS, ils notent les rendez-vous de chacun au fil des demandes.. Chacun d’eux signale sur son agenda ses absences et l’heure limite de consultation. Pendant les consultations, certains médecins notent leur rendez-vous d’une consultation sur l’autre. D’autres laissent les prises de rendez-vous à la secrétaire ou à l’infirmier présent. La psychologue note ses rendez-vous d’une consultation sur l’autre. Les AS notent leur RV. Personne n’écrit sur les agendas des infirmiers, en dehors de leur propriétaire. Tout le monde lit les agendas des médecins, de la psycho, des AS. Ils circulent de mains en mains, du secrétariat aux bureaux de consultations, en passant par le bureau des infirmiers. Personne ne lit les agendas des infirmiers en dehors de leur propriétaire. Tous ces agendas sont archivés en fin d’année au CMP.
· “’agenda noir long ” est divisé en six sur la longueur. Il est composé d’un espace commun à tous (rappel de rendez-vous de l’équipe au complet, réunion..) et d’un espace individuel pour chaque infirmier. Les actes de soin du jour par patients y sont codifiés. Une page par jour est utilisée. Dans la journée, il traîne sur les bureaux des infirmiers. Le soir, il est rangé dans le placard du bureau infirmier. Infirmiers, secrétaire, surveillante écrivent dessus. Il est lu par les mêmes. Il passe du bureau des infirmiers au secrétariat et inversement. Il est archivé au CMP en fin d’année.
· “ Le grand cahier noir ” ou “ ” est un grand registre du type livre de la Loi. Infirmiers, surveillante, secrétaire y notent des informations concernant les patients (appels en l’absence des référents), le personnel (quête, fête) l’institution (réunions, synthèses). Il est rangé sur les bureaux des infirmiers dans la journée et dans l’armoire de leur bureau le soir. Il est lu par infirmiers et surveillante. Il reste au bureau infirmier et est archivé au CMP.
· “ Le tableau planning ” est un tableau à double entrées (dates/soignants). La planification est faite sur trois semaines. On y lit en bleu, les présences permanence CMP de journée, permanences consultations du soir, code présence secrétaire (mi-temps). En vert, sont représentées les absences des infirmiers, de la surveillante (code motif). Il est constitué d’un papier véléda® collé au mur. Infirmiers, secrétaire et surveillante le lisent et y écrivent. Il est mis à jour tous les lundis matins.
· “ Le tableau des patients suivis au CMP ” est constitué de petites étiquettes de couleurs différentes (une couleur par médecin). Le nom des patients y est noté. Des cavaliers et des gommettes permettent de codifier des renseignements divers (100 % ; aide-ménagère, VSL, Hôpital de jour), l’assistante sociale et les infirmiers référents. Il permet de voir d’un coup d’œil l’ensemble des renseignements utiles concernant un patient suivi. Il est accroché à l’intérieur de la porte de l’armoire du secrétariat. C’est la secrétaire qui le met en forme, exceptionnellement, il peut être mis à jour par certains infirmiers. Tous les personnels du CMP s’y réfèrent. Les étiquettes sont archivées par la secrétaire.
· “ Le tableau de programmation des IM retards ” est un tableau en deux colonnes (une par mois). Il est composé de petites étiquettes de couleurs différentes par médecin. Le nom de la personne et parfois la prescription médicale y sont notés. Il est accroché à l’intérieur de la porte de l’armoire du bureau infirmier. Les infirmiers le remplissent. Il est lu par la surveillante, les infirmiers et la secrétaire. Les étiquettes sont archivées sur le même tableau (tout en haut) à l’arrêt du suivi ou du traitement.
· “ La feuille de premier entretien ” est une simple feuille sur laquelle sont notés la date, le nom de la personne reçue, le nom de l’infirmier qui reçoit, de la personne qui envoie le patient, les renseignements administratifs indispensables, le motif de la consultation, le recueil de données, l’analyse de la situation, le diagnostic infirmier (la plupart du temps cet item n’est pas rempli, car la démarche est considérée comme obsolète), l’orientation du patient. Les feuilles sont rangées dans un classeur de l’armoire du bureau infirmier si la personne ne revient pas, ou dans le dossier du patient, si un suivi s’engage. remplie par l’infirmier qui reçoit le patient, elle est lue par le médecin (si on lui adresse la personne), les infirmiers intéressés, la surveillante. Elle est rarement lue par la psychologue même si le patient lui est adressé. Ces feuilles sont jointes dans un premier temps à l’agenda de la personne vers qui elle est l’orientée (si orientation), puis rejoint l’un ou l’autre lieu de rangement cité.
· “ le dossier de soins ” est composé de chemises cartonnées à rabats et élastiques. C’est un Ensemble de feuilles cartonnées de différentes couleurs, numérotées qui comprend une Fiche signalétique, une fiche connaissance de la personne, un fiche plan de soin (pas toujours remplie), des fiches d’observations infirmières, des fiches d’observations médicales, une fiche de prescription médicale, une fiche de prescription et de programmation d’injection retard, une fiche d’observations sociales (jamais remplie). Trois sous-chemises contiennent des comptes-rendus d’hospitalisations antérieures, des courriers médicaux, des courriers administratifs. Le dossier de soins est rangé dans des dossiers suspendus, classés par ordre alphabétique, dans l’armoire du secrétariat. Le médecin-chef tient à ce que les écrits infirmiers soient séparés du reste du dossier. Ils sont alors rassemblés dans un classeur, à côté du dossier médical, si la personne est suivie en consultation au CMP (en public). Ce classeur est rangé seul, dans des dossiers suspendus, classés par ordre alphabétiques dans l’armoire du bureau infirmier si la personne est suivie en consultation privée (autre endroit du secteur). Médecins, infirmiers, étudiants y écrivent. La secrétaire tape les comptes-rendus des consultations médicales. Médecins, infirmiers, étudiants, surveillante, secrétaire, assistantes sociales le lisent. En général, le dossier de soin reste au CMP. Il peut suivre l’infirmier ou le médecin sur des lieux de consultations extérieurs (CMS, maisons de retraite) ou de synthèse (foyer). Il suit le trajet d’une consultation (armoire secrétariat, bureau de consultation, armoire). Il passe également du secrétariat au bureau infirmier pour information ou rédaction d’observations infirmières après soins au CMP, à domicile, synthèse ... Il est archivé au CMP après arrêt du suivi.
· “ Le cahier des assistantes sociales ” est un grand cahier où sont notés les renseignements concernant les démarches sociales entreprises pour les patients. Il est rangé dans une panière sur le bureau de la secrétaire. Les assistantes sociales y écrivent et certains infirmiers (ce cahier est récent). Il est lu par les A.S et certains infirmiers. Il n’est pas archivé et reste sur le bureau de la secrétaire.
· “ Le cahier des réunions de cadres ” est un petit cahier de brouillon où sont consignées les informations données par la surveillante-chef sur la vie du secteur ou de l’établissement. Il est rangé dans l’armoire du bureau des infirmiers. La surveillante y écrit.. Il est lu par la surveillante et quelquefois par les infirmiers absents lorsque la surveillante a donné les informations. Il suit la surveillante à la “éunion cadres ” et reprend sa place dans l’armoire.
· “ Le cahier des heures ” est un petit cahier de brouillon où chaque infirmier note ses heures dues et récupérées. Il est rangé dans l’armoire du bureau infirmier. Chaque infirmier y écrit. Chaque infirmier et la surveillante le lisent.
· “ Le cahier défoulatoire des étudiants ” est un grand cahier où les étudiants notent leurs impressions de stage, c’est aussi un bêtisier. Ils y font des dessins. Il est rangé dans l’armoire du bureau infirmier. Les étudiants y écrivent, infirmiers, surveillante, secrétaire le lisent.
· “ Les post-it ” sont des petits papiers autocollants à l’intention des infirmiers absents ou en visites à domicile. Ce sont des informations minutes. Ils sont collés sur leur agenda ou leur bureau. Infirmiers, secrétaire, surveillante les écrivent, les intéressés les lisent.
· “ La feuille de liaison ” est une feuille d’observations et d’informations envoyées à propos d’un patient adressé à une autre équipe. Un double est systématiquement archivé dans le dossier du patient. Rédigée par un infirmier, la feuille est insérée en intra dans le dossier du patient.
· “ Le carnet d’archivage ” est un petit carnet à spirale où sont inscrits les noms des patients dont le dossier est archivé et le numéro de leur dossier. Il est rangé dans le tiroir du bureau de la secrétaire qui l’écrit et le lit. Les infirmiers et la surveillante peuvent également s’y référer lorsqu’ils cherchent un dossier. Il reste dans le bureau de la secrétaire.
· “ Le classeur des comptes-rendus des réunions autres U.F. ” est constitué par deux gros classeurs, rangés dans l’armoire du bureau infirmier. Les secrétaires de l’hôpital y écrivent. Il est lu par infirmiers, surveillante. Il ne bouge pas.
Les infirmiers de ce CMP écrivent sur près de 10 supports et sont amenés à en lire 16. Si toutes les informations n’ont pas la même importance, on peut remarquer que de nombreuses informations sont redondantes et notées sur plusieurs supports. Ces redondances semblent obéir à une logique de mouvement. Lorsque la secrétaire répond au téléphone, elle a besoin d’avoir un certain nombre de renseignements accessibles facilement et ne peut en priver les infirmiers. D’autres redondances semblent correspondre à des positions dans l’équipe. Ainsi les assistantes sociales se sont elles senties dans l’obligation de créer leur propre support, alors qu’elles en avaient un disponible dans le dossier de soin où elles n’écrivaient pas. Est-ce en raison de l’endroit où était archivé le dossier de soin infirmier ou bien parce qu’il s’agit du dossier de soin infirmier et qu’elles ne peuvent imaginer d’écrire sur le même support que les infirmiers ? Nous voyons en tout cas à l’œuvre chez certains infirmiers un refus de lire leurs écrits. Cette prolifération des supports est-elle liée à ce CMP, à ce secteur ou s’observe-t-elle dans d’autres lieux
Une unité intra-hospitalière
L’unité d’admission Lacan dépend d’un secteur de Haute Garonne.. Les infirmiers y sont confrontés à 18 supports, ce qui est globalement dans la moyenne observée. L’unité qui utilise le moins de supports en propose 5 et celle qui en utilise le plus en compte 30. Si tous étaient rempli, les infirmières devraient consacrer quatre heures par jour à écrire
· “ Le cahier de rapport ” est un cahier à feuilles détachables auto-carbonnées. Les infirmiers y notent les entrées et les sorties, le planning infirmier du jour, des observations succinctes, des mots clés et un renvoi au dossier de soin. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Il est lu par le surveillant-chef, les médecins, la secrétaire, les infirmiers, les cadres, l’assistante sociale et la psychologue. Les feuilles sont détachées chaque matin et restent au secrétariat médical.
· “ Le cahier de réunions ” est rédigé par infirmiers ou cadres. Les différents comptes-rendus de réunion catalogues (réunions où sont examinées les problèmes des patients et leurs projets), de réunions intra-extra-hospitalier, de réunions cadres. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Il est lu par secrétaire, surveillant-chef, cadres, médecins, assistante sociale et ASH.
· “ Le cahier inter-équipes ” contient des messages personnels ou professionnels. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. ASH, secrétaires, aides-soignantes, infirmiers, cadres y écrivent pour eux-mêmes.
· “ Le cahier de rapport des visites à domicile ” est un cahier à feuilles détachables sur lequel sont notés les rapports de visites à domicile, rangé dans la salle de repos du personnel. Il est rempli par les infirmiers et est lu par la secrétaire, le surveillant-chef, le cadre, les médecins et l’assistante sociale. Une fois détachée, la feuille se balade de l’Unité Fonctionnelle au secrétariat médical. Le cahier est archivé dans une armoire du service.
· “ Le cahier de pharmacie ” est composé des fiches de traitement classées par médicaments. Le nom des patients consommateurs, et la posologie y sont notés. Il est rangé à la pharmacie ou Labo. Il est rempli et lu par les infirmiers. Il ne quitte pas la pharmacie. Il est archivé dans une armoire du service.
· “ Le grand agenda de la pharmacie ” est lui aussi rangé dans la pharmacie. Infirmiers, internes, cadres y notent et y lisent les soins à dispenser (I.M., prélèvements ...) et les messages aux internes. Il ne bouge pas non plus de la pharmacie. L est archivé dans une armoire du service.
· “ Le classeur d’ordonnances ”tous les doubles d’ordonnances classées par ordre alphabétique. Il est rédigé par les internes et les médecins à destination des infirmiers, des internes et des médecins. Il rejoint le dossier de soins infirmier, archivé au secrétariat médical à la sortie du patient.
· “ Le classeur ordonnances ” contient les ordonnances, les observations médicales, les consignes médicales. Il y en a un par médecin. Médecins et internes y écrivent dans la pharmacie. Il rejoint lui aussi le dossier de soins infirmiers à la sortie du patient.
· “ Le grand agenda bureau ” est rangé dans le bureau du cadre. Infirmiers et cadre y notent les accompagnements de patients à effectuer (courses, consultations) et les choses à faire. Il est lu par les infirmiers et le cadre. Il est archivé dans une armoire du service.
· “ Le tableau ” est dans la pharmacie, au vu et au su de tous Les infirmiers y notent les soins journaliers du patient. Il est lu par les infirmiers, les patients et les visites..
· “ Le tableau ”, à côté du précédent, contient les conduites à tenir par patient (les traitements si besoin). Il est lu par les infirmiers, les patients, les visites.
· “’agenda V.A.D ” contient la programmation des V.A.D., la réservation des deux voitures et un répertoire avec les adresses des patients suivis. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Il est lu par infirmiers, cadres, secrétaires, médecins, assistante sociale. Il est archivé dans une armoire du service.
· “ Le dossier de soin ” est un classeur au nom du patient qui contient des feuilles cartonnées fiche signalétique, feuille d’observation d’entrée, feuille de température, les actes infirmiers, les consultations, la feuille de sortie. Il est rangé dans la pharmacie, sur des dossiers suspendus, dans des tiroirs au nom des médecins, et classé par ordre alphabétique. Il est rédigé et lu par les infirmiers et uniquement par les infirmiers.
· “ Le classeur ” est un classeur avec intercalaires par médecin. Il contient des fiches classées par ordre alphabétique. Pour chaque patient, deux intercalaires séparent les observations des infirmiers et celles des aides-soignantes.. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Aides-soignantes, cadre et infirmiers y rédigent leurs observations qui sont lues par infirmiers, aides-soignantes, médecins, psycho, secrétaire et cadre. Il navigue entre le secrétariat médical et la salle de repos. Il rejoint le dossier de soin à la sortie du patient.
· “ Le dossier médical ” est rangé au secrétariat médical et y reste.
· “ Le classeur chambre de soins intensifs ” est composé des feuilles imprimées longues qui regroupent les observations toutes les deux heures relatives aux patients isolés. Il y a une feuille de prescription médicale par 24 heures. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Infirmiers et médecins y écrivent et le lisent. Les feuilles rejoignent le dossier de soin infirmier et sont archivées au secrétariat médical.
· “ Le classeur placements ” est composé de feuilles de surveillance horaire pour certains patients en HDT ou en HO. Qu’est-ce qu’il fait Où va-t-il Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Il est rempli par les infirmiers et est lu par les infirmiers et les médecins. A la sortie du patient, il rejoint le D.S.I. et est archivé au secrétariat médical.
· “ Le cahier de renfort ” décrit qui est intervenu, quand, où, combien de temps il y a passé. Il est rangé dans la salle de repos du personnel. Il est rédigé par l’infirmier intéressé. On ne sait pas s’il est lu.
Il est intéressant de noter qu’à partir d’un dossier de soin commun, élaboré par le service de soins infirmiers, on arrive à une telle profusion de documents dont les contenus sont souvent redondants. Il semble qu’au delà des différences de position dans l’institution, les documents se fabriquent autour de la pratique, des trajets des soignants. Si au CMP, on peut repérer deux lieux centraux ; le bureau des infirmiers et le secrétariat, il semble que dans la dernière U.F. décrite, les points centraux soient la pharmacie et la salle de repos du personnel. Faut-il comprendre que la salle de repos du personnel sert de bureau infirmier collectif, que c’est à partir de leur salle de repos que les infirmiers pensent leur écriture, que les documents sont rangés dans l’endroit où ils passent le plus de temps, ou dans le seul endroit auquel les patients n’ont pas accès, ce qui leur permettrait de rédiger leurs observations sans être dérangés
ANNEXE V
Le contexte de l’écriture
“ Quand j’écris, je me pose, je m’isole parfois pour ne plus être sollicitée par les demandes des patients. C’est pour moi le moment de la transmission écrite à l’équipe, l’inscription de mes observations sur l’activité que j’anime, mes réflexions à propos du patient qui a participé.
En ce qui concerne la relaxation, le groupe atteint jusqu’à neuf personnes, c’est alors neuf dossiers que je sors devant moi.
Pour chacun des patients je me remémore ce qui s’est passé au niveau de la détente, les positions prises, les mouvements, les tensions. Ceci me permet une première évaluation que je vais préciser en relisant les notes de la ou des séances précédentes en cas de suivi. Des détails, des précisions que je ne retranscris pas toujours mais dont l’utilisation m’est bien précieuse sur l’instant ou au moment de la verbalisation. Que Virginie se frotte les bras, les jambes de temps en temps, un détail mais il me permet d’entendre que le courant électrique parcours ses membres en ce moment, c’est désagréable pour elle qui attribue cela au traitement.. Des indications utiles pour évaluer les hallucinations, la compliance au traitement ou les effets secondaires. Je ne vais pas tout noter, je mets en valeur la présence des manifestations kinesthésiques, la non-observance aux neuroleptiques; c’est une trace pour moi d’abord puis pour les collègues qui me liront. Ce sont des indices à reprendre au-delà du soin corporel. C’est la continuité du soin global..
Je commence par noter l’efficacité ou pas du soin : “
’est détendu, calme. s’est arrêté de bouger avec les premières notes de musique. S’est endormi dès le début de la séance ” ou “’est pas parvenu à se relaxer, bouge et garde les yeux ouverts ”.
Quand arrive le moment de la verbalisation est-il besoin de préciser que Pierre n’a pas aimé la musique classique, elle lui rappelle de mauvais souvenirs et l’empêche de se concentrer sur les inductions ? La prochaine fois la soignante informée pourra choisir un genre différent et permettre à Pierre une détente sans parasites.
Ce retour qui suit la séance nous rassemble pour en parler. J’écoute les patients m’exprimer leurs ressentis, je dois être attentive; leurs observations se ressemblent parce qu’elles se rapportent à la même induction, au même paysage, les mêmes mots sont repris par certains participants : “aussi. C’est comme toi ”. Mais parfois des petits morceaux de leur histoire personnelle émergent à l’évocation d’un village, d’une maison.. Ce sont des rappels de leur enfance, de moments heureux ou non qui traversent leurs pensées. Je dois être vigilante sur le moment mais surtout juste avant d’écrire. Le massage me permet une approche différente de la détente obtenue. Je perçois là au bout de mes doigts de façon très concrète la tension musculaire.. Aucun doute pour l’écrire. De même la relation du patient avec son corps m’apparaît évidente au toucher. Ainsi Isabelle évite le contact. C’est pour elle une tactique, elle laisse passer les autres avant. Elle gagne du temps qui lui s’écoule puis il est l’heure d’aller manger. J’ai mis quelques séances avant de me rendre compte qu’elle ne bénéficiait pas des messages parce qu’elle était toujours la dernière sur les rangs et lui ai alors proposer le soin en priorité.
Il faut avant tout de la concentration
“ Paul je ne suis pas disponible pour l’instant. ”
Je suis dans le souvenir très proche la séance et pourtant à distance, je suis dans la réflexion, il m’arrive de faire des liens, un peu d’analyse, j’écris mes observations, je crois que je participe pleinement au soin, je me suis arrêtée, je résiste, j’écris. Et pourtant ce n’est pas toujours facile et facilité par les réflexions des collègues “! Tu écris, j’ai besoin de ton aide. ” Il faut alors interrompre et reprendre plus tard. “êtez d’écrire, après il nous faudra vous lire ” plutôt encourageant dans ce cas, alors que d’autres y vont d’un “ça ne sert à rien ” ”
Marylène Martin, IDE, unité “
”
Dominique Friard, Marylène Martin, Geneviève Michel, Sylvie Piquet, Jean-Luc Verschueren, in
Résistranses, Journées de Laragne, Mai 2001. Consultable sur le site serpsy.
ANNEXE VI
Une synthèse d’hospitalisation
Synthèse de Soins infirmiers
A l’entrée
Résumé de l’entretien médical initial et des premières observations infirmières
Arrive à 13 h 30 envoyée par son médecin traitant via les Urgences pour un état de confusion aiguë. Apparaît très peu dans le contact avec l’autre, semble complètement ailleurs; ne veut pas parler de ce qui l’amène ici. Consignes médicales : essayer de reprendre cela en entretien infirmier, recueillir des informations auprès de la famille.
Entretien d’accueil infirmier (autour de ce qui pose problème au patient, de ses réactions à ce qui lui arrive, etc.) :
Contact téléphonique très rapide avec la famille : avec la tante qui s’inquiète de ses relations sexuelles, et qui craint que Danielle soit enceinte; avec la grand-mère qui donne un peu plus d’informations.. Sa mère est en vacances depuis une semaine, Danielle est seule chez elle, et elle va moins bien depuis la veille. Ce matin la grand-mère l’a cherchée en vain, elle se serait rendue chez un voisin, mutique. Ne sachant qui elle était, le voisin a appelé les pompiers. Le grand-père précise le lendemain que son attitude s’est progressivement dégradée, qu’elle s’est isolée de plus en plus.
Difficile de faire un entretien tant Danielle est confuse. On ne peut qu’évoquer quelques bribes de réalité qui se perdent dans des phrases vite inaudibles.
Pendant l’hospitalisation (ou le suivi)
Difficultés rencontrées au cours de la prise en charge :
Celles liées à son état confuso-délirant : mutisme, refus de traitement, phases agressives, fugues hors de l’unité, vagabondage sexuel.. Ce n’est qu’au bout de deux mois d’hospitalisation qu’un entretien sera possible et que l’on pourra progressivement reprendre ce qui lui est arrivé de son point de vue à elle.
Réponses proposées :
Cadrage, entretiens très brefs autour de rares activités Danielle donne quelques bribes incompréhensibles qu’elle ne relie à rien avant de redevenir mutique ou de repartir vers des éléments plus délirants.. Elle explique ainsi qu’elle voudrait retrouver son père dont elle connaît le nom et sait qu’il était vers Biarritz, puis dit qu’on lui a tué son bébé, elle se caresse le ventre puis dit à l’infirmier : “’est mon délire ”. Autour d’une promenade au parc, réussit à tenir un discours cohérent. “’est dur d’être bien organisée avec un beau-père alcoolique et une mère dépressive. ” Elle dit qu’elle aimerait changer de nom de famille mais qu’il lui faut attendre 2007 (elle doit se faire refaire sa carte d’identité) “n’aime pas parler de ça, c’est pour ça que je suis souvent seule que je m’enferme. ” Autour de début septembre, suit une période de fugues qui dure trois semaines, jusqu’à la mise en place régulière d’entretiens infirmiers.. Elle y revient sur les attouchements dont elle aurait été victime de la part de ses beaux-pères. C’est pour cela qu’elle est malade : “que je veux couper, oublier ce qui s’est passé et recommencer une nouvelle vie. ” Dans ses moments d’absence : “suis au 9ème ciel, c’est froid mais chaleureux. ”.
Très rapidement, sorties accompagnées par la famille dont les différents membres viennent la voir régulièrement.
Entretiens infirmiers (nombre, contenu, évolution du patient et de la relation) :
Quatre entretiens infirmiers vont être proposés à Danielle.
Dans le premier, elle revient sur ce qui a amené, selon elle, l’hospitalisation. Elle explique que la veille elle avait fumé du shit, que sa nuit avait été un peu surréaliste. Attirée par quatre personnes, deux hommes et deux femmes, elle aurait balancé toute la nuit entre les uns et les autres pour finir par se retrouver seule chez elle. Elle aurait pleuré et se sentait devenir “ de plus en plus parano, comme avant, je voyais les différences avec un mauvais œil. Je me sentais traquée par la foule. Elle énonce en fin d’entretien que sa mère et son futur beau-père se marient dans un mois. “ Ils vont bien ensemble. Il est un peu autoritaire, ça la garde bien en place sinon elle se disperse, mais c’est leur vie, ça ne me regarde pas. ” Est-ce si sûr ? Qu’a-t-elle imaginé autour de ce mariage ? Elle n’en dira pas plus. Sinon pour revenir sur son anniversaire.. “nuit blanche, c’était mes 21 ans ” Et elle était seule. Sa mère était en Bretagne.
Le deuxième entretien est moins dans la réalité. Il est la suite du premier et reprend les histoires de chiffres et d’anniversaire.