LE DREAN Samuel
Promotion 2002-2005
L’INFIRMIER
CONFRONTÉ A
LA
CONTENTION PHYSIQUE
TRAVAIL DE FIN D’ÉTUDE EN VUE DE L’OBTENTION
DU DIPLÔME D’ÉTAT D’INFIRMIER
SESSION NOVEMBRE 2005
Institut de Formation en Soins Infirmiers
de Carcassonne
SOMMAIRE
|
INTRODUCTION I QUESTIONNEMENT DE DEPART I. 1 Situation………………………………………………………………... I. 2 Analyse
de la situation………………………………………………… I. 3 Questionnement
……………………………………………………….. I. 4 Question
de départ…………………………………………………….. II CADRE CONCEPTUEL II. 1 L’usage de la contention physique par
l’infirmier…………………... II.
1. 1 Que faut-il entendre
par contention physique et quel est son cadre légal
d’application ?........................................................... II.
1. 2 En quoi la mise en
œuvre de la contention physique fait-elle débat ?.......................................................................................... II.
1. 3 Comment les infirmiers
sont-ils formés à la contention
physique ?.................................................................................... II.
2 La prise en charge de la violence des
patients au moyen de la contention physique…………………………………………………... II.
2. 1 Est-il possible
d’identifier les situations de violence légitimant le recours à la contention
physique ?........................................... II.
2. 2 Peut-on anticiper sur
un éventuel passage à l’acte ? Faut-il rechercher dans les différentes
pathologies psychiatriques des éléments prédictifs du passage à l’acte
?..................................... II.
2. 3 Existe-t-il d’autres
facteurs susceptibles de majorer la violence du patient en
psychiatrie ?............................................................
INTRODUCTION INTRODUCTION Au
terme de ma deuxième année d’étude, j’ai effectué un stage en psychiatrie au
sein d’une unité intersectorielle fermée. Cette expérience a été pour moi
l’occasion de me confronter à l’agressivité et à la violence des patients. L’apparition
des neuroleptiques a certes permis de limiter l’expression de cette violence au
quotidien. Toutefois, malgré le développement de ces nouvelles thérapeutiques
médicamenteuses, les comportements violents persistent dans les établissements
psychiatriques. La violence constitue en effet l’un des signes cliniques des
pathologies psychiatriques et ses manifestions sont, à ce titre, fréquentes. Au
début de mon stage, mes interrogations se sont portées sur le ressenti des
soignants confrontés régulièrement à ces épisodes de violence. Je me suis
notamment demandé comment les infirmiers géraient le stress engendré par cette
violence. Comment conserver une attitude soignante lorsqu’on risque soi même
d’être physiquement agressé ? Comment ne pas céder à un sentiment de peur
face à un patient violent ? Comment, en tant que soignant, ne pas sombrer
dans l’épuisement professionnel lorsqu’on est confronté à ces accès de violence
répétés ? Je
me suis ensuite rendu compte que j’avais axé tout mon questionnement autour de
la violence des patients. Or, ce n’est pas tant cette violence qui pose
problème aux soignants mais plutôt sa prise en charge. En effet, c’est parce
qu’on ne sait pas comment faire face à la violence du patient que l’on en a
peur ; et c’est de cette peur que naît ensuite le stress pouvant conduire
à l’épuisement professionnel. Je
me suis donc recentré sur la façon de réagir face à un patient devenu violent. Dans
cette prise en charge du patient violent, l’acte ultime reste sa mise sous
contention. Je me suis plus particulièrement intéressé à la contention
physique, qui consiste à immobiliser manuellement le patient agité. De tous les
actes de contention, la contention physique me paraissait en effet l’acte le
plus difficile à réaliser tant il est impliquant sur les plans émotionnels et
corporels. C’est donc sur cet acte si particulier que j’ai voulu travailler au
travers de ce mémoire. Il me semblait en effet que si l’infirmier maîtrisait
l’acte le plus difficile de la prise en charge de la violence alors il gagnerait
en efficacité et éviterait ainsi un épuisement professionnel précoce. Mon
mémoire débute par une analyse d’un épisode d’agitation au cours duquel
l’équipe soignante s’est retrouvée très proche de la confrontation physique
avec un patient. J’ai
ensuite consacré une partie de mon travail à synthétiser les différents points
de vue théoriques traitant de la contention physique. Enfin,
j’ai confronté mon travail de recherche théorique à l’expérience des
infirmiers, au travers d’entretiens individuels. QUESTIONNEMENT DE DEPART I QUESTIONNEMENT DE DEPART I. 1 Situation Cette situation se déroule
lors de mon stage d’été de 2ème année dans un service de psychiatrie
adulte en milieu fermé (HO, HDT)[1]. C’est mon premier jour
de stage ; je suis affecté dans l’aile du service qui reçoit les patients
dès leur arrivée, alors qu’ils sont encore en crise. Cette aile se divise en 2
secteurs de 6 lits sous la responsabilité et la surveillance de 2
infirmiers ; à tout moment les infirmiers des autres ailes peuvent intervenir
en cas de danger. Tandis
que je fais la connaissance des patients et que je commence à prendre mes
marques, je suis témoin d’une scène inhabituelle : une infirmière qui
consulte le planning s’interroge sur le nombre d’hommes présents dans le service ;
devant mon étonnement, l’infirmière me dit qu’il est rassurant pour elle de
connaître le nombre d’hommes prêts à intervenir en cas de problème. La
matinée se poursuit sans incident particulier ; lorsque, vers 10h00, un
coup de téléphone annonce l’arrivée, par les urgences psychiatriques de Mr B.,
25 ans, hospitalisé à la demande de ses parents et de son frère qu’il a menacés
de mort, après interruption de traitement. Ce patient est connu du service, où
il a, maintes fois, séjourné ; il souffre de schizophrénie de type
paranoïde, avec risque d’agressivité et de violence ; cette violence, il
l’a d’ailleurs exercée, un mois auparavant, envers l’un des infirmiers du
service. On s’empresse de me
relater l’incident : « Mr B
avait demandé à l’infirmier de lui couper les cheveux ; l’infirmier
s’exécutait en salle de soin, lorsque tout à coup Mr B s’est levé en l’injuriant alors que la
coupe n’était pas encore terminée ; il lui dit alors qu’il avait fait
exprès de mal lui couper les cheveux et qu’il allait le lui faire payer. Un peu
plus tard, alors que l’infirmier raccompagnait Mr B dans sa chambre, ce dernier lui sauta
dessus en lui assénant des coups de pied et de poing ; l’intervention
immédiate d’un autre infirmier permit à l’infirmier agressé de se dégager et de
s’en sortir, avec quelques ecchymoses et des lunettes cassées tandis que Mr
B était placé en isolement ». Une effervescence
soudaine m’indique que la tension s’accroît dans le service : un infirmier
consulte immédiatement le dossier du patient pour prendre connaissance des
derniers renseignements fournis par les urgences psychiatriques ; le
surveillant du service est prévenu de l’arrivée de Mr B ; tout en lisant le dossier, l’infirmier me
met en garde sur la dangerosité du patient ; je devine également sur les
visages des signes d’appréhension et de nervosité. L’ensemble du personnel
redoute visiblement que la venue de ce patient ne vienne perturber les autres
patients, dans un climat de violence généralisée. Le rappel des consignes
de sécurité et de vigilance par l’un des infirmiers du service ne font
qu’accroître le sentiment d’incertitude qui règne dans le service. On me rappelle une fois
de plus de ne jamais me trouver seul avec ce patient. Vers
11h00, Mr B arrive dans le service
accompagné par le personnel des urgences psychiatriques ; pendant les
transmissions on nous avertit que le patient n’a pas eu de sédation, ce qui
renforce les craintes des infirmiers sur la suite des événements. L’inquiétude
se confirme, car du bureau infirmier, on voit Mr B tourner dans le service, le regard noir
et l’attitude agressive, ce qui a pour effet d’exciter les autres patients. Le
stress chez les infirmiers monte d’un cran. L’infirmier du service
appelle le cadre de santé et des infirmiers des autres ailes ; nous sommes
d’abord quatre hommes à nous rassembler dans le bureau infirmier afin de
prendre la décision de mettre en isolement Mr B . Je ressens à cet instant précis un
étrange mélange de peur et de stress ; on se prépare mentalement au pire,
c'est-à-dire au contact physique avec le patient, dans le cas où ce dernier
refuserait d’obtempérer. Chacun se voit attribuer un rôle bien précis et nous
sortons du bureau. C’est l’infirmier du
service qui explique alors à Mr B
ce qui va se passer : « Mr B , vous ne présentez pas en ce moment les
gages de sécurité nécessaires, pour vous et pour les autres patients, pour que
l’on puisse vous laisser dans le service ; vous allez donc vous rendre en
chambre d’isolement en attendant l’arrivée du médecin ». Après nous avoir
insultés, Mr B refuse dans un premier
temps d’obtempérer. C’est seulement devant l’arrivée d’autres soignants et
après avoir évalué le rapport de force (nous sommes alors huit personnes dont
sept hommes face à lui) que Mr B se
décide finalement à coopérer, non sans avoir effectué auparavant quelques
gestes d’intimidation dans le but de tester nos réactions. Après s’être
déshabillé et mis un pyjama, il se laisse finalement enfermer sans résistance ;
mais, dès que la porte se ferme, les insultes reprennent. La visite du psychiatre
moins d’une heure plus tard confirme la mise en chambre d’isolement ; de
plus, devant le refus catégorique de Mr B
de prendre son traitement, le médecin prescrit des neuroleptiques pas
voie injectable. Peu après la tension
retombe, mais nous savons que nous avons été très proches du contact
physique ; de plus cette tension revient à chaque fois que nous sommes
face à Mr B , qui est d’ailleurs
toujours aussi agressif et potentiellement dangereux, malgré le traitement mis
en place. I. 2 Analyse
de la situation Cette situation prend
place dans un service de psychiatrie, en milieu fermé (HO-HDT). Ce service
accueille des patients, tous potentiellement dangereux (psychotiques
chroniques, psychopathes et déficients mentaux), en situation de crise. Dans ce
contexte, les infirmiers peuvent être confrontés à des patients violents,
susceptibles de les agresser physiquement. Ce risque de violence physique
envers les soignants, inhabituel, voire même exceptionnel, dans les autres
structures, fait ici partie du quotidien. Il a d’ailleurs été démontré, lors
d’une étude[2]
réalisée entre 1988 et 1992, sur 97 cas de violence physique exercée envers des
soignants, que 50% des actes violents sont attribués à des patients
hospitalisés d’office et/ou hospitalisés à la demande d’un tiers ; de
plus, cette étude montre que la pathologie constitue également un facteur
déterminant : 80% des patients auteurs de violence physique sont des psychotiques
chroniques et/ou déficitaires, la plus grande dangerosité étant attribuée aux
patients schizophrènes de type paranoïde. En raison de la dangerosité de ces
patients, il est recherché dans ce service une parité hommes-femmes de façon à
pouvoir intervenir et contenir efficacement un patient devenu violent. On repère, au travers de
la situation décrite, deux périodes distinctes : Tout d’abord, on
constate que, dès son arrivée dans le service, l’infirmière évalue
immédiatement le nombre d’hommes présents. Elle m’explique qu’elle agit ainsi
pour se rassurer ; en effet, cette situation se déroule pendant l’été, à
une période où l’on fait appel à du personnel extérieur au service afin de
préserver les effectifs ; ce recours à du personnel temporaire déséquilibre
parfois la parité hommes-femmes et perturbe souvent les patients psychotiques,
déstabilisés par la présence de nouveaux visages. L’infirmière, en consultant
attentivement le planning, apprécie les ressources disponibles et le niveau de
risque potentiel dans le service. Ensuite, un second
protagoniste entre en scène. Il s’agit de Mr B, un patient déjà connu du
service, ayant un mois auparavant agressé physiquement un infirmier. L’appel
téléphonique des urgences psychiatriques qui nous prévient de son arrivée imminente,
provoque une succession de réactions visant à prendre un certain nombre de
précautions :
Peu après l’arrivée de
monsieur B, il est décidé de placer ce dernier en chambre d’isolement ; il
s’agit d’une décision collégiale, prise, non pas en fonction des antécédents du
patient, mais au regard de différents facteurs :
Pour finir, on
s’aperçoit que malgré la tentative d’expliquer à M. B la décision qui vient
d’être prise à son encontre, c’est seulement face à une présence masculine et
physique importante (8 personnes dont 7 hommes), et après avoir évalué le
rapport de force, que Monsieur B s’exécute sans que l’on soit dans l’obligation
d’intervenir physiquement. C’est donc la démonstration de force qui a permis
d’éviter le recours à la contention physique. Par chance, cette
situation s’est bien terminée. Toutefois, nous sommes tous conscients d’avoir
été très proches de la confrontation physique. I. 3 Questionnement
On peut se demander ce
qui aurait pu arriver si la présence d’hommes avait été moins importante dans
le service, diminuant ainsi notre capacité de dissuasion. Il est certain, que
dans des périodes de congés ou durant les nuits où les effectifs sont moindres,
il est plus difficile de mobiliser une telle force de dissuasion afin de
contraindre le patient à la mise en chambre d’isolement. Au vue de cette
hypothèse, l’inquiétude de l’infirmière consultant le planning à son arrivée
dans le service, prend tout son sens. Plus généralement, cette
situation pose le problème du soin au patient violent, agité, n’obtempérant pas
aux recommandations des soignants. Je me suis en effet questionné à posteriori sur
la conduite à tenir dans le cas où Monsieur B serait devenu physiquement
violent, en refusant son placement en chambre d’isolement. -
Que
se serait-il passé si Monsieur B n’avait pu comprendre, du fait de sa
pathologie, ce qui lui était demandé et d’évaluer correctement le rapport de
force ? -
Comment
contraindre, alors, Monsieur B à rejoindre la chambre d’isolement, en toute
sécurité, sans le blesser et sans être blessé soi même ? -
Comment
être à la fois celui qui contraint physiquement et celui qui soigne ? -
En
quoi la contention physique est-elle nécessaire et légitime face à un patient
devenu violent ? I. 4 Question
de départ Mes interrogations au
regard de cette situation se regroupent principalement autour de la difficulté
d’intervenir et de réagir face à un patient devenu violent lorsque le dialogue
et/ou la dissuasion par la démonstration de force ont échoué. Cela m’amène donc à
poser la question de départ suivante : En quoi une réflexion
sur le recours à la contention physique peut-elle permettre à l’infirmier
en psychiatrie d’améliorer la prise en charge du patient devenu
violent ? CADRE CONCEPTUEL II CADRE
CONCEPTUEL II. 1 L’usage
de la contention physique par l’infirmier II. 1.
1 Que faut-il entendre par contention
physique et quel est son cadre légal d’application ? Il me semble tout
d’abord important de signaler que les recherches sur ce thème sont difficiles à
effectuer. Mr Palazzolo J[3], relève même « le
manque persistant de définition de ce type de procédure. »[4], dans la
littérature psychiatrique actuelle, ainsi que « l’absence notable de
débat concernant la façon dont nous devrions contenir les patients ».
Que peut-on en conclure ? : Que la contention physique est pratiquée de
façon exceptionnelle dans les établissements psychiatriques et qu’à ce titre
elle n’a que peu d’intérêt à être traitée ? Cela semble peu probable à
l’heure où Mr Friard [5] constate au
contraire « un retour des contentions »[6] dans nos
établissements. Une explication plausible serait alors, comme l’écrit Mr
Pannetier C[7],
que « la contention est un sujet tabou, douloureux et culpabilisant
pour les soignants. » [8] Afin de mieux comprendre
ce qui pose problème aux infirmiers dans la pratique de la contention physique,
nous nous attacherons d’abord à définir cette dernière, puis nous préciserons
son cadre légal d’application. La définition donnée par
l’ANAES[9] de la contention
la distingue de celle de l’isolement, modalité de soins avec laquelle elle ne
doit donc pas être confondue, même si ces deux pratiques peuvent être dans
certains cas associées. « La contention consiste à restreindre ou
maîtriser les mouvements d’un patient par un dispositif, soit fixé sur un lit
ou un siège, soit mobile comme une camisole de force. ». Plus
généralement, pour Palazzolo, « contenir un patient
signifie utiliser toutes sortes de procédures pour limiter l’autonomie de ses
mouvements corporels. »[10] J’ai pu constater au
cours de mes recherches que la contention peut revêtir, lors de sa mise en
œuvre, plusieurs formes ; ainsi, la contention peut être, selon les cas, chimique,
mécanique ou physique (autrement dit manuelle, pouvant aller jusqu’au corps à
corps). Si les contentions
chimique et mécanique font l’objet d’une réglementation précise par le biais
d’une prescription médicale, on s’aperçoit en revanche que pour, la contention
physique, le cadre légal est beaucoup flou. Ainsi, Mr Pannetier relève que « dans
le décret n°2002-194 du 11 février 2002 relatif aux actes professionnels et à
l’exercice de la profession d’infirmier, rien ne stipule que contenir
manuellement un patient est un acte infirmier. » [11] Mme Cansot C.[12]et Mr Masseix F.[13], confirment les
propos de Mr Pannetier, en écrivant « il n’existe pas d’item dans le
décret du 11 février 2002 relatif aux actes professionnels et à l’exercice de
la profession d’infirmier qui prévoit la possibilité ou l’obligation de
répondre, ou riposter, à l’agression physique. »[14]. Le remplacement
de ce texte, le 29 juillet 2004, par le décret n°2004-802 n’a apporté aucune
précision supplémentaire sur la mise en œuvre de la contention physique. Pour
reprendre les propos de Mr Dupont M.[15], « l’usage
de la contention pour maintenir et contenir un patient violent, susceptible le
cas échéant de se porter atteinte à lui-même, n’est prévu par aucun texte et il
ne peut être fait référence à aucune disposition autre que les textes généraux
relatifs au respect et à l’intégrité du corps humain. »[16]. On constate donc
l’absence de textes législatifs spécifiques réglementant le recours à la
contention physique ; en revanche, comme le souligne Mr Pannetier C., « les
seuls articles pouvant justifier l’usage de la contention manuelle sont les
articles 122-5, 122-6, 122-7 du nouveau Code pénal concernant la légitime
défense, seulement en cas d’agression injustifiée. Mais ils ne sont pas
spécifiques à l’institution psychiatrique et concernent n’importe quel
citoyen. »[17] De tous les soins
pratiqués par un infirmier, la contention physique est sûrement l’un des plus
techniques, des plus impliquant émotionnellement, et paradoxalement l’un des
moins réglementés par des textes de loi spécifiques à notre profession. Ce
constat et le manque de littérature se rapportant à ce thème ne font qu’entretenir
l’opacité, et se faisant l’absence de réelle légitimité, dans laquelle les
infirmiers sont amenés à intervenir physiquement sur des patients devenus
violents. Il en résulte un malaise chez les soignants qui sont réticents bien
souvent à effectuer cet acte et à en parler. Ce sont les raisons profondes de
ce malaise que nous allons, à présent, nous attacher à identifier. II. 1.
2 En quoi la mise en œuvre de la
contention physique fait-elle débat ? La contention renvoie à
un passé asilaire que tout le monde souhaiterait oublier. Selon Mr Beaumont L[18], « la
contention physique est un soin que les infirmiers répugnent à effectuer car il
renvoie à un passé asilaire que personne ne peut renier et dont chacun aimerait
oublier l’existence. ».[19] Comprendre la
difficulté de certains infirmiers à effectuer cet acte nécessite donc de faire
un bref rappel de l’histoire de la psychiatrie. L’isolement et la
contention comme moyen de maîtrise des malades agités et violents existent
depuis l’origine du traitement des maladies mentales. Dès l’antiquité, des
écrits font allusion à la nécessité « d’exercer un contrôle physique
sur les personnes agitées »[20]. Au Moyen Age, le malade
mental est le plus souvent « soigné » à domicile, maintenu attaché. « Le
recours aux moyens de contention semble traduire la sollicitude des proches qui
veillent à protéger le fou de lui-même, tout en préservant la sécurité de
chacun. » [21]
Au XIIIe
siècle, on préfère enfermer les « fous », parfois nus, dans des
cachots dans lesquels s’entassent également des prisonniers ordinaires ;
on utilise des camisoles de force et des chaînes fixées au mur et au lit pour
immobiliser les malades en arguant que plus le traitement est douloureux, meilleurs
sont les résultats. Avec la Révolution
Française, le « fou » redevient un malade qu’il faut soigner. Les
artisans de ce changement s’appellent PINEL et ESQUIROL. L’imagerie populaire
retiendra « Pinel libérant les aliénés de leurs chaînes ; à tort
d’ailleurs puisqu’il semble que ce soit en réalité PUSSIN qui osa en premier le
geste inaugurateur » [22].
C’est ainsi un infirmier, du moins ce qui sera plus tard considéré comme tel,
qui ouvrit la voie à un autre regard sur la folie ! Avec le XXe
siècle arrivent la psychanalyse et les neuroleptiques, ce qui permet
l’établissement d’une véritable relation soignant soigné et modifie
radicalement le climat d’agressivité qui régnait jusqu’alors. L’après guerre enfin,
marque l’apparition d’une nouvelle théorie sur la prise en charge de la folie ;
de nombreux soignants se rendent compte en effet qu’il n’y a pas grande
différence entre ce qu’ils ont vécu dans les camps d’extermination et ce que
vivent les malades qu’ils sont censés soigner. Il n’est donc plus question d’attacher
ni d’enfermer, ce qui aboutit à la fermeture des quartiers d’agités et à la
disparition des camisoles. C’est d’ailleurs à cette période (1953) que le
diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique voit le jour. Il disparaît
en 1992, absorbé par le diplôme d’état infirmier. Mr Friard D. dira
que : « La contention avait disparu des pratiques et des Centres
Hospitaliers Spécialisés à tel point qu’il n’existait même plus de matériel
adéquat. Cette pratique ne réapparaît qu’à partir des années 1995-2000 »[23], ce qui coïncide,
et ce n’est peut être pas un hasard, avec la suppression des études d’infirmier
de secteur psychiatrique. Non seulement, la
contention renvoie à un passé douloureux mais en plus, aucune étude n’a jamais
démontré son efficacité thérapeutique. A ce propos, Mr Palazzolo J, s’appuyant sur
deux études, l’une de Shéridan et Al, l’autre de Strumpf et Evans, montre que « dans
l’ensemble, les malades ont une opinion négative sur le fait d’être contenus.
Ils expriment de la colère, de l’anxiété, une impuissance, se disent troublés,
tristes, frustrés, ou éprouvent d’autres sentiments négatifs. » [24] Mr Friard D. confirme ce
point de vue en écrivant : « Qu’il soit nécessaire d’attacher un
patient exceptionnellement violent n’implique en rien que cette mesure soit
thérapeutique. Elle peut être nécessaire pour assurer la sécurité de
l’environnement ou du patient sans être en aucune façon
thérapeutique (…). L’aspect thérapeutique de la contention n’a
évidemment jamais été démontré, Conolly administrant même la preuve contraire.
Il faut le dire et le redire l’isolement et la contention ne sont pas
thérapeutiques ». [25] En l’absence
d’efficacité thérapeutique démontrée, certains infirmiers perçoivent la
contention non pas comme un acte soignant, mais comme un acte sécuritaire, ce
qui amène nombre d’entre eux à s’interroger sur le sens de leur mission. Mr Masseix, relève, dans
un article consacré à la maîtrise de patients violents, le sentiment de malaise
chez certains infirmiers : « les soignants n’appartiennent pas à
un corps d’élite formé à la contention physique. Confrontés à ce genre de
situation grave, ils en ressortent, le plus souvent, avec quelques traumatismes
(surtout psychologiques), appuyés sur un vécu qui leur fait dire : on
n’est pas là pour ça ».[26] A ce sujet toujours, Mr
Friard D écrit : « De tout ce qu’un infirmier peut être conduit à
faire dans le cadre de sa pratique, la contention du patient agité est
certainement et de loin l’acte le plus complexe, celui qui l’implique le plus
et partant le moins partageable, le moins communicable. Si nous avons choisi
d’être infirmiers, ça n’est pas pour enfermer ceux qui délirent, qui ont un
comportement différent mais pour soigner des individus qui souffrent de
difficultés psychiques. Il est parfois difficile de maintenir vivace cet
idéal ».[27]
Ce même auteur souligne dans un article, qu’en Allemagne, en Grande-Bretagne
et au Canada, l’isolement et la contention sont considérés comme des mesures de
sécurité et non comme des moyens thérapeutiques ; il écrit ainsi : « Contrairement
à la plupart des démocraties occidentales, l’état français n’a pas jugé nécessaire
de légiférer en ce domaine, laissant au médecin toute liberté pour gérer ces
problèmes. Si aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Belgique, aux
Pays-Bas, en Russie, des textes de lois précis réglementent l’utilisation de
l’isolement et de la contention, il est, en France, possible d’isoler et
d’attacher un patient sans aucun contrôle, ni a priori, ni a posteriori (…).
Cette absence de contrôle repose sur l’idée qu’isolement et contention ne sont
pas des mesures de sécurité mais des actes thérapeutiques. De fait, acte
thérapeutique, la contention ne peut être recommandée que par un médecin et en
aucun cas être contrôlée par un juge ».[28] La contention physique
est-elle un acte thérapeutique devant être effectué par des soignants ? Mr
Pannetier C, dit à ce sujet : « Pour certains, c’est évident,
d’autres au contraire, reconnaissent qu’ils n’ont pas été formés à cela mais
n’ont pas non plus envie d’apprendre des techniques pour maintenir un patient
agité. Ils se considèrent comme des soignants et non pas comme des agents de
sécurité ». [29] La contention physique
tend enfin à culpabiliser les soignants, car elle renvoie à ces derniers les
limites de leur capacité à contenir et leurs difficultés à prévenir un état
d’agitation.
A ce sujet, Mr Beaumont dit que, « ce soin culpabilise car si le
patient s’agite, c’est que nous n’avons pas su, à un moment au moins, écouter
sa souffrance. » [30] Mr Friard D, déclare quant
à lui, « c’est précisément parce qu’ils n’arrivent pas, ou plus à être
contenants que les soignants vont isoler ou attacher le patient ».[31] D’autres encore mettent
l’accent sur la difficulté à évaluer le niveau de contrôle du patient : « les
soignants travaillant en psychiatrie ont une longue expérience des patients qui
perdent leur contrôle. Ils les aident à le regagner. Une partie de leur
pratique quotidienne consiste à estimer quels patients se contrôlent ou non.
Parfois cette détermination est établie justement ; parfois la limite
entre self control et perte de contrôle est plus floue. En d’autres termes, le
point auquel le patient perd son self control ne serait pas toujours bien
défini pour les équipes ».[32] Tous s’accordent
toutefois sur la difficulté de rétablir une relation thérapeutique avec un
patient que l’on a contenu physiquement et mis en chambre d’isolement. Mr
Pannetier C. écrit à ce sujet : « Si contenir est un soin,
pourquoi les médecins interviennent-ils physiquement si rarement ? Rares
aussi sont les médecins présents lors de la mise en chambre d’isolement.
Certains déclarent ne pas vouloir casser la relation thérapeutique avec leur
patient. L’infirmier ne casse-t-il pas aussi une relation thérapeutique avec le
patient ? » [33] Nous voyons bien, au
travers de ce paragraphe, les nombreuses interrogations que suscitent ce soin,
et donc, la difficulté des infirmiers à se positionner clairement par rapport à
cet acte. En outre, en l’absence d’efficacité thérapeutique démontrée, de
nombreux infirmiers remettent en cause le bien fondé de leur mission. La
contention physique touche ainsi à l’idéal de la profession, faisant dire à
certains « on n’est pas là pour ça ». Dans ce contexte, on
peut se demander qu’est-ce qui est fait, en matière de formation, pour
permettre aux infirmiers de mieux appréhender ce soin difficile. II. 1.
3 Comment les infirmiers sont-ils
formés à la contention physique ? Le savoir infirmier sur
le soin au malade violent, agité, agressif, repose encore bien souvent sur un
savoir empirique et non sur une formation qui entraînerait une compétence soignante
à gérer cette violence. Les écrits de Mr Beaumont à ce sujet montrent que, « la
réponse à cette violence reste souvent basée sur l’expérience des anciens, le
savoir-faire. C’est ce que Bourdieu appelle l’habitus : le résultat d’un
ensemble de pratiques qui s’est constitué au fil des jours, a été capitalisé et
se transmet de génération en génération par la confrontation à la
réalité ». Il écrit encore : « Ce sont des pratiques
adaptées à leurs finalités que l’on acquiert par une sorte d’imprégnation
sociale. On trouve bien ici le principe du soin contention, soin que l’on
n’apprend pas mais que tout infirmier en psychiatrie pratique ». Et il
souligne enfin, que « l’apprentissage porte sur les moyens techniques,
les postures à adopter. Ils sont transmis lors des situations de violence
« aux hommes, par des hommes » puisque classiquement, mais pas
exclusivement, c’est à eux que l’on fait appel ».[34] D’autres, comme Mr
Pannetier C, montrent que le problème est lié au manque de formation, mais
aussi à la baisse des effectifs masculins dans les services de psychiatrie :
« Maintenir un patient agité… Cela ne va pas de soi, ce n’est pas inné.
(….). Il y encore quelques années, la question de savoir comment maintenir un
patient agité se posait à peine. Les équipes infirmières étaient composées de
nombreux hommes. Mais aujourd’hui la situation est différente : les hommes
sont de plus en plus rares et il arrive parfois qu’à dix nous ayons du mal à
maintenir un patient agité. Comment procédons-nous ? On fait comme on
peut. (…). Malgré l’expérience soignante en psychiatrie, la contention manuelle
ou maîtrise d’un patient agité n’est pas théorisée. »[35] D’autres enfin proposent
une alternative à ce manque de formation initial, par l’intermédiaire de
formation professionnelle qui porte « sur les questions délicates de la
prévention, de gestion des phénomènes de violence et d’agressivité. (…). Cela
suppose une formation qui comprend plusieurs points : la gestion du stress
engendré par ces situations, une lecture des signes avant coureurs, une prise
en compte des paramètres cliniques et anthropologiques et enfin, des éléments
de techniques de corps ».[36] Cette réflexion sur la
contention physique montre la complexité de la mise en œuvre de ce soin
infirmier si particulier. Ce soin, légalement mal défini, peu abordé par la
littérature professionnelle, non enseigné dans la formation initiale et dont
l’efficacité thérapeutique reste à prouver, place l’infirmier dans une
situation pour le moins inconfortable ; obligé d’intervenir dans un devoir
de protection mais sans légitimité réelle, il se questionne sur le sens à
donner à sa mission, d’autant que l’acte de contenir physiquement, très
impliquant émotionnellement, est susceptible de « casser » la
relation thérapeutique établie avec le patient. La contention physique
reste néanmoins, malgré les difficultés précédemment mentionnées, l’ultime
recours, parfois, pour faire face à un patient devenu violent. II. 2 La
prise en charge de la violence des patients au moyen de la contention physique Comme nous venons de le
démontrer, contenir physiquement un patient violent n’est jamais un acte
anodin. Le recours à la contention manuelle doit ainsi être réservé à des
situations bien particulières, lorsqu’il existe un danger immédiat pour le
patient de se blesser ou de blesser les autres, et lorsque tout autre moyen
pour ramener le calme a échoué. On ne limite en aucun cas la liberté d’un
individu pour la convenance du personnel ou pour remplacer les soins infirmiers
nécessaires. Limiter l’utilisation de la contention physique doit ainsi être
une préoccupation permanente des infirmiers, tant cet acte, parfois
indispensable, peut être source de frustrations, aussi bien pour les équipes de
soignants que pour les patients eux-mêmes. Identifier correctement les
circonstances de mise en œuvre de la contention physique nécessite dans un
premier temps, de définir ce qu’est la violence ; puis, nous attacherons à
repérer dans les différentes pathologies psychiatriques les éléments prédictifs
d’un éventuel passage à l’acte ; enfin, nous verrons quels autres facteurs
sont susceptibles de majorer la violence du patient. II. 2.
1 Est-il possible d’identifier les
situations de violence légitimant le recours à la contention physique ? Dans une optique de
compréhension de la violence chez un patient en psychiatrie, nous allons
d’abord définir ce qui doit être entendu sous le terme de violence. Les dictionnaires
contemporains définissent la violence comme un état, une force intense et
souvent destructrice : violence de la tempête, d'un choc, d'un caractère,
d'une passion. Si nous prenons appui sur l’Encyclopaedia Universalis, c’est « une
force brutale, un abus ou un déchaînement de la force. »[37]. La violence s'oppose
ainsi à la conciliation et au dialogue. Au niveau de la pratique soignante, Mr
Beaumont L. écrit : « C’est d’abord une affaire de coups et de
bosses. C’est pourquoi nous la considérons comme évidente : elle laisse
des traces autant physiques que psychiques. Elle survient là ou le discours
s’arrête, dans l’acte. »[38] Dans le langage courant,
on emploie le mot "violence" pour qualifier de multiples situations. Dangerosité,
agressivité, agression sont ainsi des termes qui se substituent aisément les
uns aux autres. Le discours psychiatrique quotidien n'échappant pas à cette
confusion, il me semble nécessaire de distinguer ces trois notions. La dangerosité, est une notion qui
renvoie à une éventualité incertaine et « implique une prédiction dont
le degré de survenue est aléatoire »[39] . Elle indique la
possibilité qu'un individu puisse se livrer à un acte violent. A l'heure
actuelle, la connaissance d'antécédents violents et l'identification des
situations dans lesquelles ils se sont déroulés, constituent le facteur
prédictif le plus fiable à l'échelle d'un individu. En effet, les chances de
prévoir un acte de violence chez un individu sans antécédent sont quasiment
nulles. L'agressivité recouvre « un
comportement qui vise, consciemment ou non, à dégrader, nuire, humilier,
contraindre ou détruire »[40] ; elle se
traduit de façon très variée, soit par des paroles blessantes soit par des
attitudes menaçantes. D’autres auteurs la définissent comme la « tendance
à attaquer ». Pour Mr Beaumont, être agressif « se dit de
quelqu’un qui est naturellement porté à attaquer, provocateur ».[41] Mme Prido Huet C.
note toutefois « que l’agressivité n’est pas nécessairement violente
(…) mais, l’agressivité majore et complique souvent aussi la relation au malade
souffrant. »[42] L'agression se définit comme
l'expression comportementale de l'agressivité, c'est à dire l'action d'attaquer ;
l'agression est un comportement social qui prend son origine et se réalise dans
une relation à autrui. Elle s'exprime dans une interaction : (…) « une
conduite d'agression est inconcevable sans la présence d'autrui, il n'y a pas
d'agression sans victime. »[43] Ce qui fait dire
à Mme Prido Huet C. que « l’agression est donc une violence en acte qui
met en évidence l’intentionnalité de l’acte et le préjudice porté à
autrui. »[44] Comme on vient de le
voir, il peut être fait une gradation dans la violence ; la violence est
un terme générique qui recouvre plusieurs termes désignant des degrés
différents de violence. A quel moment se
justifie la mise sous contention ? Il semble que la dangerosité ne
justifie pas, seule, le recours à la contention physique car elle est l’une des
caractéristiques du patient atteint d’une maladie psychiatrique ; elle demeure
en revanche l’un des éléments qui permet de prévenir un éventuel passage à
l’acte, par une vigilance accrue. L’agression est sans doute le stade de
violence qui impose une mesure d’urgence et donc le recours à la
contention ; nous rentrons ici dans le cadre légal de l’assistance à
personne en danger, qui justifie, à lui seul, la légitimité de la contention
physique. L’agressivité, quant à elle, reste la situation qui interroge le plus
les soignants ; comme l’écrit Mr Palazzolo J. : « le dilemme
pour le soignant commence lorsqu’il faut déterminer quand intervenir et
maîtriser le patient qui perd le contrôle et quand ne pas intervenir, laissant
le patient utiliser ses propres ressources dans un effort pour reprendre la
maîtrise de lui-même. »[45] II. 2.
2 Peut-on anticiper sur un éventuel
passage à l’acte ? Faut-il rechercher dans les différentes pathologies
psychiatriques des éléments prédictifs du passage à l’acte ? L'agressivité et la
violence ne sont pas l'apanage de la maladie mentale, néanmoins les phénomènes
de violence sont très présents dans le quotidien de la psychiatrie. De fait, violence et
dangerosité occupent une place importante dans la clinique psychiatrique.
Certaines maladies mentales, en tant que déstructuration de la conscience,
modifient le rapport du malade à son environnement et le conduisent parfois à
des réactions violentes. Nous tenterons ci-après
de livrer quelques repères psychopathologiques en matière de risque de
comportements violents. Dans le cas des troubles
mentaux aigus,
c’est le délire, l’angoisse de morcellement et les hallucinations qui fomentent
le passage à l'acte. Au cours d'une bouffée délirante aiguë ou d'un état de
confusion mentale, la conscience du sujet est envahie d'idées délirantes et
d'hallucinations, le plus souvent terrifiantes. Le monde est alors perçu comme
hostile. L'adhésion au délire peut engendrer des troubles du comportement de
menace ou d'attaque, ce qui rend le patient potentiellement dangereux : il
peut s'agir pour lui de tuer ou d'être tué. Dans le cas des troubles
mentaux chroniques,
et notamment des psychoses hallucinatoires chroniques, la violence est
alimentée par un délire de persécution. Le plus souvent, des injures et des
menaces précède le passage à l’acte. Dans la paranoïa, les
délirants interprétatifs peuvent attaquer leur persécuteur en état de légitime
défense. "L'agression du paranoïaque s'appuie sur le mécanisme de la
projection"[46].
La victime est désignée en fonction des thèmes du délire et l’agression est en
parfaite cohérence avec le délire. Ce n’est pas le cas des
schizophrènes qui apparaissent comme un groupe à risque, en particulier les
délirants paranoïdes. Les moments délirants et le début de la maladie
constituent les moments les plus risqués. L'acte apparaît généralement
immotivé, incohérent et non prémédité. L'indifférence, la froideur affective et
la non culpabilité persistent après l'acte violent. Dans le cas des
insuffisances intellectuelles, l'importance de l'agressivité du débile mental
est souvent corrélée avec le degré de son déficit intellectuel. Le débile
profond perçoit le monde de façon rudimentaire et les changements brusques
génèrent pour lui une angoisse qui facilite le recours à la violence. Le débile
moyen est capable de percevoir son handicap. Il peut de fait ressentir les
manifestations de rejet de l'entourage et réagir à ces frustrations par de la
violence. Le débile léger se révèle quant à lui intolérant à la frustration,
irritable et instable. Mme Perrono C. souligne au sujet des déficients
intellectuels, que « l’acte violent est souvent déclenché par
l’impulsivité, l’inadaptation sociale et favorisé par certains chocs
affectifs. »[47] Dans le cas de la
psychopathie,
la violence prend une forme plus délictueuse. Le psychopathe se sent victime
d’une société qui l’exclut ; il justifie ainsi les actes répréhensibles
qu’il vient à commettre. Mme Prido Huet C. écrit à ce sujet, « Aucune
notion de culpabilité ne l’habite. Nous pouvons même aller jusqu’à dire, dans
son cas, que le recours à la violence est l’un des seuls modes relationnels
qu’il puisse trouver. Il réagit par l’acte plus que par la parole. »[48] Le plus souvent
la violence est ainsi vécue comme une réponse à une agression physique ou
psychologique. Enfin dans le cas des névroses, les névrosés sont
décrits comme des patients peu enclins à la violence. Des mécanismes de défense
opèrent en effet pour contrôler l’agressivité. Il arrive cependant que la
maîtrise soit inefficace. Ainsi l'hystérique est fréquemment agressif envers
les autres ou envers lui-même (manifestations somatiques). L'obsessionnel quant
à lui, généralement bien défendu, peut se livrer à des actes impulsifs à
l'occasion d'épisodes à forte charge existentielle, comme un divorce subi. Le diagnostic apparaît
être un facteur déterminant de la violence chez les malades psychiatriques. En
effet une enquête portant sur l’analyse de 97 cas d’accidents du travail du
personnel soignant au cours d’interactions violentes avec des patients en
milieu psychiatrique entre 1988 et 1992, montre « que 80 % des patients
violents étaient des psychotiques chroniques et/ou déficitaires. (…) La plus
grande dangerosité est attribuée aux patients psychotiques, notamment aux
schizophrènes de type paranoïde. »[49]. Il s’agit donc
pour l’infirmier d’avoir une parfaite connaissance des différents signes
cliniques de chaque pathologie psychiatrique afin de déterminer à quel niveau
d’agressivité se situe le patient et ainsi intervenir avant le passage à
l’acte. Toutefois, la
connaissance de ces différents signes ne suffisant pas à prévoir
systématiquement le comportement d’un patient, il semble intéressant de
rechercher d’autres circonstances pouvant induire un comportement violent chez
un patient atteint d’une maladie psychiatrique. II. 2.
3 Existe-t-il d’autres facteurs
susceptibles de majorer la violence du patient en psychiatrie ? Il existe des facteurs
individuels liés aux patients. Il semble que l’âge et le |