ASCISM
ASSOCIATION
des
CADRES et INFIRMIERS
EN SANTE MENTALE
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Association
des Cadres et Infirmiers(ères) en Santé Mentale Maison des Sociétés - BP 83 - Square
Grimma 69500 BRON Téléphone : 01.69.25.43.61 – Fax :
01.69.05.97.13 E-Mail : livet.ascism@wanadoo.fr |
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· Conseil
d’Administration du 12 avril 2002. · Informations
diverses. |
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· Etre
cadre aujourd’hui : entre activité clinique et dérive gestionnaire. Brigitte CURVAT |
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Compte-rendu du Conseil d’Administration
du 12/04/02
Ordre du jour :
·
point
sur le groupe spécialisation en psychiatrie ;
·
organisation
d’une journée de l’AsCISM ;
·
participation
de l’association aux R.S.T.I..
_____________________________________________
Le groupe « spécialisation »
Dernière minute du
président : le groupe de travail va se mettre rapidement en place au Ministère
de la Santé et de la Solidarité : l’AsCISM sera représentée par Gilles
HERRERO.
(Il est assez grand pour
porter et soutenir les options prises dans les différentes réunions,
conseils d’administration et assemblées générales !!!!).
La journée de l’AsCISM
Le calendrier de
participation des membres de l’association est déjà bien chargé pour cette
année 2002.
Aussi, envisageons-nous
d’organiser une journée en début d’année. Nous avons retenu le 31 janvier 2003 à la Maison des Sociétés à Bron.
Elle sera suivie :
·
de
notre assemblée générale ;
·
d’une
soirée festive pour marquer, avec nos adhérent(e)s, les 15 ans de
l’association.
« Dix ans
après : qu’en est-il du plaisir de soigner ? »
Nous traiterons bien évidemment du soin en santé mentale de l’évolution des compétences aux pratiques innovantes. L’argument vous sera proposé dans le prochain AsCISM Infos.
Appel à nos adhérent(e)s : communications et/ou suggestions sont les bienvenues.
L’AsCISM aux R.S.T.I.
L'association sera
présente aux Rencontres Scientifiques et Techniques de l’Infirmière les 8 et 9
octobre 2002 à la Cité des Sciences et
de l’Industrie à la Villette (Paris).
Nous faisons appel aux
expériences originales et innovantes à visée thérapeutique (soin – réinsertion
– réhabilitation – hébergement – etc..), réalisées dans le cadre des
associations (loi 1901). Votre interlocuteur pour ce thème sera Rémy ISNARD (placard N° 500) au Centre
Hospitalier de Laragne.
Les autres animateurs seront pour les ateliers :
·
formation
des nouveaux infirmiers : Brigitte
CURVAT ou Frédérique CATAUD ;
·
P.M.S.I. :
à la recherche du temps perdu : Didier
CASE ;
·
droits
des patients : Marc LIVET.
Informations diverses
·
Après
le procès du 29 avril 2002 à Toulouse à 14 heures, une réunion préparatoire des
Assises de la Psychiatrie, sera organisée et ouverte à tous.
·
Marc
LIVET et Gilles DEVERS préparent l’organisation, pour la fin de l’année 2002,
une journée « Droit, déontologie
et soins ».
_____________________________________________
Prochain Conseil d’administration
Le 24 mai 2002
à 17 h. 30
à la Maison des Sociétés à Bron
_____________________________________________
Etre cadre aujourd’hui :
« entre activité clinique et dérive gestionnaire ».
En préambule, je souhaite
référer ce travail aux différentes positions que j’occupe et au nom desquelles
je me sens autorisée à intervenir dans ce lieu.
Tout d’abord, ma fonction de cadre infirmier supérieur
me plaçant d’emblée dans une double appartenance de cadre
« manager » : référent institutionnel, organisateur des
soins ; et d’infirmier : métier de base auquel je me réfère sans
cesse pour alimenter ma pratique d’encadrement.
Ensuite, mon statut de salariée : employée d’une entreprise chargée d’une mission de service publique. Mais aussi ma place de citoyenne : membre d’une société démocratique , responsable et coauteur du modèle social dans lequel j’évolue.
Et enfin, par extrapolation, je dirais aussi
« employeur » en tant que contribuable participant au financement,
entre autres, du service publique de psychiatrie.
Par ailleurs, je ne m’autoriserai cette intervention
qu’au regard de ma pratique de terrain dans un secteur de psychiatrie générale
ce qui confère bien sûr d’emblée à mes remarques une valeur subjective ,
J’espère qu’elles s’objectiveront un peu à travers les résonances et/ ou les
éventuelles critiques qu’elles pourront susciter dans l’auditoire. Souhaitons
seulement qu’au cours de cette session les échanges et les débats stimuleront nos « créativités »
respectives.
Ces quelques précisions apportées, je vais m‘attacher
à développer maintenant mes représentations de la fonction d’encadrement au
sein de l’hôpital d’aujourd’hui.
·
L’encadrement
soignant :
Par essence, la fonction cadre émane du métier infirmier ;
liaison qui s’énonce de fait dans notre statut de cadre
infirmier. J’ai donc choisi de mettre en évidence dans cette première partie
les liens qui unissent encore ces 2 fonctions et surtout ceux qu’il me semble
essentiel de défendre.
Pour faire cette
démonstration, je commencerai par
préciser ce qui caractérise le métier infirmier pour souligner ensuite comment
la mission d’organisation qui incombe à l’encadrement sera marquée par les
conditions d’exercice des soignants et par l’engagement du cadre sur le projet
de soin.
Commençons
donc par le métier dont je suis bien issue, le métier infirmier dans le soin
aux personnes atteintes de troubles psychiques ; soin qui s’inaugure
par le temps de la « rencontre ». C’est d’abord la voie
de l’empathie, l’empathie comme
démarche personnelle et technique pour s’immerger dans le monde cognitif et
subjectif du patient ; pour tenter de voir le monde comme il le voit.
C’est
ensuite la voie de l’acceptation des
identifications, une démarche
personnelle et technique pour accepter de faire partie du monde du patient, pas
seulement comme interlocuteur, mais comme un de ses objets internes. Il va
falloir accepter de voir, de percevoir quel rôle, souvent pathologique, il nous
attribue dans sa scène mentale. Accepter d’être à cette place manipulée tout en
en ayant soi-même une représentation, une compréhension va permettre de
contenir les mouvements affectifs en jeu.
Pour
l’infirmier il ne s’agit pas, dans cette activité de rencontre, de formaliser
la problématique du patient en terme de conflit inconscient générateur de
troubles ; cela fera partie du travail groupal. Il s’agit d’accepter et de contenir les distorsions de sa façon d’être
au monde et d’être en lien.
A
la différence du médecin ou du psychologue, il va proposer, à travers la
constance d’un étayage au quotidien et au long cours, que se vivent de
nouvelles expériences affectives. Ce travail a des effets restaurateurs et
subjectivants.
Nous
reprendrons les trois propositions de définitions du soin psychiatrique par
J.HOCHMANN (« le soin psychiatrique
à la recherche d’une spécificité ambiguë »).
Le soin est une activité, le soin est une activité
symbolique, le soin est un acte parlé.
·
« Le
soin est un acte,… ce que l’on
fait est plus important que ce que l’on dit… car le soin c’est d’abord la
satisfaction des besoins élémentaires …».
L’institution soignante a une fonction essentielle de pare-excitation. L’infirmier est le premier dispensateur des moyens d’apaisement :
-
à
travers le maternage et la prise en charge hôtelière, lors d’une
hospitalisation par exemple et c’est le travail conjoint avec les ASH et les
aides soignants
-
à
travers l’administration et l’explication du traitement prescrit par le
médecin, que ce soit les médicaments, les activités médiatisées, la contention.
-
à
travers les entretiens infirmiers que l’état clinique du patient rend
nécessaire et qui vont permettre l’instauration d’une parole ensemble.
·
« Le
soin est une activité symbolique.
…Ce qu’on ne fait pas a plus d’importance que ce que l’on fait. Pour une
reconstruction, la frustration est indispensable ; c’est de cet écart
entre le désir et sa satisfaction que va naître la parole.. ».
C’est l’infirmier qui est le garant du cadre de soin et tout autant qu’il permet et accompagne des temps d’apaisement, il impose des temps de frustration où le patient est confronté à sa difficulté d’être et d’agir. De plus, il explique au patient les règles de ce cadre de soin.
·
« Le
soin est un acte parlé. …C’est
seulement de l’alliance entre l’acte et la parole que des effets de sens
peuvent surgir …».
Dans la proximité au long cours avec le patient, l’infirmier va pouvoir recueillir, quel que soit le niveau d’expression utilisé, la façon qu’à le patient de « dire » comment il se perçoit et comment il perçoit le monde qui l’entoure.
L’infirmier va avoir une
écoute attentive de ses éléments parcellaires, disparates, parfois délirants,
de ce récit de lui-même qui est le signe de la persistance d’une capacité saine
à se représenter soi-même, quelle que soit l’intensité de la douleur qui
attaque ce sentiment d’existence.
Il va exercer ses capacités communicationnelles pour
favoriser, au niveau d’expression adapté, cette mise à distance de la
souffrance que va opérer la verbalisation.
La relation
thérapeutique va consister à construire
une analyse conjointe où les distorsions pathologiques de la façon d’être et de
faire peuvent être repérées et cernées, puis qualifiées et énoncées. C’est
s’inventer à deux une façon de parler de « cette chose » qui était
symptôme, comportement pathologique pour le soignant mais qui traversait le
vécu du patient, incompréhensible et aliénant.
C’est
cette activité parlée de construction conjointe d’un discours sur la façon
d’être et de faire du patient qui fonde la relation thérapeutique.
Souvenons-nous, ici, du sens médiéval du mot relation qui est celui de
« récit, témoignage ». L’infirmier est dépositaire de ce regard, de
ce discours sur soi qu’il a aidé à faire émerger. De là, peut venir le temps du
changement.
Les connaissances
psycho-pathologiques de l’infirmier, liées à cette compréhension intime qu’il a
du patient, vont permettre d’appréhender
ses impasses psychiques et les dysfonctionnements comportementaux qui en
découlent lors de la confrontation avec la réalité sociale.
Parce qu’il est en
charge de l’accompagnement au quotidien il est, plus que tout autre soignant,
ambassadeur de la réalité, cette réalité qu’il doit aider le patient à
affronter pour y trouver ou retrouver une place.
Cette douleur à être au
monde s’est traduite par une stratégie d’adaptation sociale inadéquate, un
symptôme qui a été cerné, qualifié, nommé de façon spécifique dans un discours
interne à la relation thérapeutique de proximité. Alors, ce symptôme va
pouvoir, parfois, être attaqué, rejeté et abandonné dans un cheminement de
soin.
C’est l’engagement du
patient dans une démarche de changement (concernant : se présenter,
s’habiller, dire, ne pas dire, se calmer…) et c’est l’engagement conjoint de l’infirmier dans une fonction de médiation
avec les exigences de la réalité sociale. Etre soignant c’est pouvoir être le
dépositaire stable, constant et disponible de ce discours sur la maladie et
pouvoir le réactiver pour étayer les efforts d’adaptation.
L’important ce n’est pas
le repérage d’un symptôme et sa disparition . La fonction de médiation
sociale de l’infirmier n’est pas ce qu’elle peut paraître, une fonction
éducationnelle, adaptative, normative mais bien un accompagnement dynamique des capacités d’auto-soin de la
personne qui permettra de susciter (re-susciter) l’autonomie psychique.
Parallèlement, les
compétences communicationnelles de l’infirmier seront mobilisées dans une
fonction de médiateur, d’interface avec
l’environnement. Elle consiste bien sûr à rassurer, expliquer les
particularités de comportement, expliquer le cadre de soin, les possibilités
d’intervention des soignants et les procédures de ces interventions.
Mais il semble, de plus,
nécessaire de réussir à faire percevoir quels sont les éléments de personnalité
et de comportement qui sont travaillés , à ce moment, dans le soin. Expliquer
et traduire, dans cet interface avec des non soignants, les efforts d’adaptation
du sujet, même quand ils apparaissent bizarres, va permettre de les renforcer
et de les valider, pour le patient, en leur donnant existence auprès de ses
partenaires.
Nous insisterons encore
sur une autre fonction d’interface ; c’est celle, créative, qui est en jeu
quand nous construisons un projet d’adaptation ou de réadaptation
psycho-sociale. L’infirmier, dans son travail en collaboration avec l’assistant
social ou l’éducateur, va avoir à « interpréter » la perception qu’il
a eu d’une image d’identité sociale, investie par le patient, mais
inatteignable parce qu’elle est trop floue, trop rigide, trop idéale, trop
restrictive ou trop grandiloquente. Cette interprétation qu’en fera l’infirmier
va participer à la composition du projet mis en œuvre.
Tandis que le
travailleur social se centre sur la capacité à supporter les exigences de
l’insertion sociale, l’infirmier va accompagner le patient dans les efforts
nécessaires et possibles, pour qu’à l’investissement de cette image se
substitue progressivement et souvent partiellement la capacité, pour le sujet,
de faire advenir l’idée qu’il a de lui-même et de sa place au monde.
Si
l’aptitude à la rencontre dont nous avons parlé dans cet exposé, suppose
des compétences particulières et l’inscription dans une véritable démarche
d’accompagnement, elle se distingue du champ d’investigation propre à la psychothérapie par son lieu
d’observation et d’intervention. Le regard “clinique”, au sens étymologique du
terme, de l’ infirmier se caractérise par la proximité quotidienne dans une
sorte d’espace transitionnel de soin
où la réalité sert de médiation et
implique de s’intéresser à ce que le
patient donne à voir, ensemble d’éléments observés constituant alors un apport
complémentaire dans le travail d’élaboration en équipe.
En retour, le soin infirmier sera le résultat d’une
démarche holistique dans une sorte de modèle
intégratif : carrefour des différents apports (médicaux, psychologiques,
sociaux, éducatifs) dans lesquels il devra savoir puiser le sens de ses actions
et leur cohérence avec le projet de soin. La position relationnelle qu’il
prendra vis à vis du patient sera bien alors marquée d’une mémoire des sens constituée par les apports de chacun. De la
même manière que notre mémoire s’imprègne des traces laissées par nos
perceptions sensorielles, le soin infirmier va
intégrer la pensée collective dont il deviendra un point d’ancrage dans
le réel du patient. La fonction “interface”
prend ici la forme d’une liaison
psychothérapique. L’infirmier
occupe la place d’ une sorte de substitue de la fonction maternelle,
représentant d’une mère suffisamment bonne plaçant ses interventions dans un
espace d’empathie distante et
sécurisante.
Cependant la
suppléance psychique qu’il assure va aussi l’exposer au risque de la
neutralisation par effet de contamination car si la pathologie mentale a des
effets destructeurs pour l’appareil psychique de ceux qui en souffrent, elle
peut aussi affecter la capacité à penser le soin. Conserver le potentiel
thérapeutique des soignants suppose qu’un regard extérieur se porte sur ce qui
se lie entre l’infirmier et le patient. En effet, la proximité quotidienne
(condition sine qua non à la pratique du soin) est, et doit rester, un espace
de reconstruction psychique ; impératif
qui impose que les soignants soient aidés et soutenus dans leur capacité à
construire et maintenir le lien psychothérapique et à ne pas s’y perdre. Il y a
des risques à devoir quotidiennement gérer le lien avec les patients, risques
de voir neutraliser sa capacité à penser et de se trouver pris soit dans une relation fusionnelle
résultat d’un effet de captation, de fascination ou d’emprise soit dans une relation défensive de
rejet, d’évitement voire de violence.
Préserver le soin, c’est tout
d ‘abord préserver le soignant des effets de la pathologie sur son propre
fonctionnement mental ; c’est dans le groupe soignant qu’il en trouvera le
premier rempart.
Le travail en équipe défusionne, distance, reprend et transforme ; il a une fonction élaborative. Il soumet chacun de nous au devoir de restitution et
impose d’accepter la limitation de sa toute puissance par le passage de relais à d’autres
professionnels, le respect du projet collectif
et par les règles dont il est porteur (respect du cadre institutionnel,
loyauté).L’autre (le professionnel) s’interpose et du coup agit comme tiers
« désaffectivant » le lien permettant, par le regard porté sur la
pratique, la mise à distance et l’élaboration.
On peut dire que l’équipe est une ressource pour
l’infirmier au même titre que le sera l’analyse de pratique par
exemple même si, bien sûr, il ne s’agit pas du même travail. L’une est
l’autre sont des tiers introduits dans l’espace du soin, tiers utiles à son
efficacité parce qu’ils interrogent les enjeux de la relation.
De la même manière et parce que
l’équipe peut aussi être gagnée par un fonctionnement pathologique, nous
considérons que la tâche de l’encadrement
soignant repose sur la capacité à
porter un regard sur la pratique, à jouer les empêcheurs de penser en rond, à
repérer le effets de la pathologie sur le corps soignant.
Il y a en quelque sorte une
clinique de l’encadrement qui suppose d’avoir de bonnes connaissances des
pathologies psychiques, des notions de psychodynamique et de dynamique des
groupes. Représentant de l’institution, garant du soin, régulateur, modérateur
et arbitre des échanges ; ses fonctions
positionnent la cadre comme un véritable médiateur dans l’espace de soin, il s’interpose, fait tiers .
Il occupe par ailleurs la fonction de mémoire du groupe assurant la cohésion,
la continuité et la permanence de la fonction psychothérapique en recentrant
l’énergie du groupe soignant sur la tâche. Sa mission essentielle étant de
prendre soin des soignants en les protégeant le plus possible des effets
parasites de l’institution et du risque de
contamination psychique. Dans cette perspective, il ne me paraît pas possible, sans risquer d’en
éponger les effets pervers, de renoncer par exemple aux apports de la psychanalyse
ou de la psychothérapie institutionnelle (la convivialité, l’humour et le
respect de chacun apportant de manière moins formelle leur contribution). Et
loin de vouloir figer l’histoire dans un passéisme stérile, mon objectif est
bien au contraire d’en défendre les acquis et d’en assurer leur transposition
dans le dispositif évolutif qui est le nôtre. Il en va de l’avenir des
soignants donc de l’avenir des soins.
·
Le travail
institutionnel et la gestion
Toute organisation a un sens qui reflète ses
choix politiques et philosophiques
Une institution, c’est « un système de valeurs et de règles visant à satisfaire l’intérêt collectif et en garantissant le maintien ».
Les établissements du service publique sont construits sur ces fondements, ils sont donc représentants d’un modèle social que chacun d’entre nous a le devoir d’entretenir ou de réformer au gré des évolutions sociales pour lui permettre de remplir sa mission de base. L’hôpital doit élaborer des principes d’organisation, énoncer des règles de fonctionnement et anticiper l’évolution de ses modèles afin de s ‘adapter à son environnement : il crée de l’institution.
L’institution est donc un objet qui doit avoir cette
capacité à s’auto-générer (comme un organisme vivant).
ET L’INSTITUTION PSYCHIATRIQUE ALORS ?
Nulle part ailleurs, la
place du patient, du fait même de la pathologie dont il souffre, ne sera autant
dépendante des fondements éthiques de la pratique soignante. L’absence de
régulation effective de nos actions par le « client » impose que les
soignants comme l’institution veillent à instaurer un système d’autorégulation
pour ne pas s’installer dans une toute puissance mégalomaniaque productive des
effets inverses à ceux recherchés. Nous avons à penser le soin tout en
envisageant d’emblée ses limites (celles ci faisant d’ailleurs parfois partie
intégrante de la thérapie) ; à penser pour le patient sans prendre sa
place et à gérer de la dépendance en refusant que celle ci ne s’installe.
En effet, l’absence de logique
linéaire, scientifique et quantifiable de la pratique soignante et de ses
effets implique un ancrage éthique fort des pratiques. Par ailleurs, si
l’organisation du travail dans toute entreprise vise la meilleure production
possible, la production de soin dans l’institution psychiatrique dépend aussi
de 2 paramètres conséquents à la population accueillie et conditionnant son
efficacité :
·
elle doit assurer la fonction « écran ou pare-excitation ». En effet, la souffrance
psychique est invasive, elle expose le soignant au risque de perdre sa capacité
à penser parce que le symptôme est un mode d’attaque à la pensée. L’institution
doit donc protéger de la destructivité qui se met en œuvre dans la relation
avec le patient lorsque le soignant devient dépositaire de sa souffrance et
soumis à une charge morale très forte.
·
elle doit intégrer que
la souffrance psychique peut avoir des effets mortifères sur l’organisation. Elle devra déjouer ce piège en évitant de se
structurer sur un mode défensif. L’institution doit particulièrement veiller à
ne pas se trouver en état de mort psychique pétrifiée dans un modèle
bureaucratique ou engagée dans un activisme opératoire . Elle doit rester
du coté du vivant et se montrer mobile, active et créative.
Elle occupe
dans ce cas, sa fonction d’espace social contenant, modèle d’un fonctionnement
parlé et non agi. Je considère pour ma part qu’il revient à l’encadrement
d’assurer la prise en compte de ces paramètres dans l’organisation du travail.
L’institution doit faire
tiers dans le rapport du soignant avec le soigné et créer les conditions d’une
congruence dynamique et créative des différentes énergies qui la composent dans
« une relation dialectique d’interdépendance » comme la définit P.
FUSTIER. On pourrait évoquer ici l’espace transitionnel de soin.
Comme
charité bien ordonnée commence par soi même, je vais me hasarder à faire des
constats sur la situation actuelle et les difficultés qu’elle génère dans la
pratique institutionnelle pour ensuite essayer d’envisager des moyens d’agir à
notre niveau :
·
La
réduction des moyens alloués aux hôpitaux et la multiplication des missions qui
lui sont confiées, ont généré une diminution des effectifs soignants sans que
nous ayons eu le temps (ou la volonté ?) de remettre en cause voire de
modifier nos pratiques.
·
La
réduction du temps de travail (effective pour nous depuis juin 98) nous a
obligé à « rogner » du temps sur les interstices et notamment sur
tout ce qui constituait l’espace de réflexion d’équipe. Ainsi la plus grande
partie du temps est embolisée par une activité purement opératoire
difficilement inscrite dans un collectif soignant. La pensée nécessaire à
l’élaboration du soin psychique autant que la construction des liens internes
au groupe soignant risquent d’être mis en péril (qui plus est insidieusement.)
·
La
politique de développement des contrats de travail à temps partiel n’a fait
qu’amplifier le morcellement des temps de présence de chacun et donc condenser
la difficulté à garantir la cohérence de l’ensemble d’autant qu’ils s’ajoutent
au phénomène R.T.T..
·
L’absence
de temps médical suffisant organise une autonomisation parfois excessive de
l’équipe infirmière. Elle se trouve à devoir assumer plus de responsabilités
aux frontières de son rôle propre et à travailler quasiment sans filet.
·
Les
pressions gestionnaires ont à la fois révélé notre incapacité à construire du
corps collectif et mis à jour des situations de« délinquance
institutionnelle »caractérisée. Certains secteurs psychiatriques échappant
au contrôle, à la régulation de l’organisation et défendant leurs acquis au
détriment des solidarités collectives, ces attitudes ne faisant qu’amplifier
les vécus persécutoires de ceux qui ont le sentiment de jouer le jeu . Elles
renforcent les tensions internes et neutralisent souvent les potentiels
évolutifs de l’ensemble. Or il ne suffit plus de défendre son « pré
carré ».
·
De
ce fait, les réponses institutionnelles à la nécessaire réorganisation de
l’hôpital se révèlent de plus en plus souvent très technocratiques.
L’implantation des cabinets de consultants signifiant et validant peut être
l’incompétence de l’organisation à
penser sa réforme.
·
La
formation des infirmiers et des psychiatres modifiée au gré des réformes
n’assure plus l’assise culturelle nécessaire à un pratique institutionnelle
fiable, contenante et sécurisante pour l’équipe.
·
La
pratique d’encadrement se heurte de plus en plus à ce qu’on peut recevoir comme des injonctions paradoxales masquées
par un discours vernis impliquant une caution implicite des restrictions. S’il
me paraît évident de devoir et savoir rendre des comptes sur l’utilisation des ressources
qui nous sont allouées et d’envisager l’évolution de nos modèles, il me semble
beaucoup moins acceptable d’organiser, au nom de la rationalisation, le
renoncement à une certaine conception du service publique et de la psychiatrie.
N’avons nous pas à certains moments un devoir de « désobéissance
civique » au sens où il nous faut aussi envisager les moyens de défendre
nos institutions ?
·
L’absence
de contre-pouvoir réel dans l’institution laisse le champ libre à des décisions
qui ne s’inscrivent pas forcément dans une démarche prospective ou qui ne
servent pas directement l’efficacité des soins. Et je ne ferais qu’évoquer
certaines gabegies financières incontrôlée et l’inversion du rapport
« fournisseur – client » qui invite les soignants à se mettre au
service de l’administration.
·
Le
modèle social organisé autour de préoccupations sécuritaires et hygiénistes
infiltre l’institution et implique une formalisation plus rigoureuse des
pratiques qui (si on y prend pas garde) organise une bureaucratisation
paralysante du système.
·
Si
ces quelques constats évoquent le malaise qui traverse l’institution, ils
signifient surtout, à mon sens, la
crise du système plutôt que de la discipline. Dans son organisation, la
psychiatrie n’est pas un exemple mais
un modèle, il revient à ses acteurs d’en préserver les fondements tout en
contribuant à la réforme de ses infrastructures.
Dans cette perspective, l’encadrement doit y jouer à fond
son rôle de rempart limitant les effets du tout technocratique. Pour cela il
doit :
·
replacer
sans cesse et avec une vigilance active
le patient au centre de nos préoccupations et résister à la captation
institutionnelle ;
·
intégrer
à la logique d’entreprise (centrée sur les objectifs individuels) une logique
institutionnelle basée sur le travail collectif ;
·
privilégier
la vie plutôt que l’ordre. Savoir entendre pour mettre en conjonction et
potentialiser les efforts d’innovation.
·
raccourcir
les circuits décisionnels pour être à proximité des besoins du terrain et
sortir d’un modèle hiérarchique pyramidal. Privilégier l’auto
organisation ;
·
rechercher
les solidarités actives plutôt que les rapports de force et les conflits de pouvoir ;
·
donner
les règles et les informations nécessaires à la compréhension des
décisions ;
·
s’inscrire
dans une stratégie de changement qui ne soit pas aveugle et qui permette
d’accroître les richesses collectives ;
·
autoriser
un regard sur nos pratiques en développant notre capacité à rendre des comptes,
accepter le contrôle de notre travail et énoncer des procédures claires. La
formalisation n’est pas forcément pur
formalisme mais bien un rempart contre l’entrée dans l’arbitraire(cf. :
procédure d’application des mesures d’isolement) ;
·
créer
les conditions d’alliance des corps soignants (sorte de comité de vigilance)
chargées de porter un regard sur les choix institutionnels. Il s’agit de
fédérer nos énergies pour organiser un
contre pouvoir qui ne serait pas forcément d’opposition mais de contrôle
et d’anticipation ;
·
inscrire
la pratique d’encadrement dans une réflexion clinique pour la recentrer sur le
service au patient et la mission de soin. la création de cycles d’analyse des
pratiques d’encadrement assurés par des cliniciens utilisant l’outil analytique
et/ou systémique pourrait favoriser cette démarche ;
·
réinventer
un modèle de travail avec les psychiatres reposant sur le champ
institutionnel et des pratiques d’ équipes ; modèle organisé autour
de leur expertise clinique. Les psychologues de la même façon et s’ils sont
formés à l’analyse institutionnelle ,
pourraient prendre part à cette démarche en formalisant le
transfert des savoirs par leur contribution à la formation des jeunes
recrus ;
·
considérer
le temps de l’hospitalisation comme un temps de soins intensifs dont
l’efficacité va dépendre d’une durée limitée réduisant au maximum les risques
de dépendance qu’il peut générer ;
·
construire
un projet de formation complémentaire nécessaire à l’exercice en psychiatrie
(que ce soit pour les infirmiers ou pour les médecins ). Peut être sous la
forme d’une certification ;
·
intégrer
la variabilité et la complexité, générées par l’ouverture du dispositif sur la
société, comme moteur de créativité collective. Il faut donc centrer le
management sur la gestion proximale de leurs effets.
Voici donc
quelques axes de réflexion que je soumets à débat, j’ajouterais simplement que choisir de travailler dans une
institution publique, de surcroît si on y occupe une position hiérarchique,
implique à mon sens de participer loyalement à l’élaboration, au contrôle et à
l’évolution de ses pratiques.
La tourmente
dans laquelle se trouve l’hôpital devrait d’ailleurs aiguiser notre civisme et
renforcer notre capacité à œuvrer collectivement pour assurer la pérennité du
système (assurer sa pérennité ne signifiant pas bien sûr de pétrifier ses
modèles) et je m’adresse ici tout particulièrement aux responsables médicaux,
infirmiers mais aussi administratifs qui doivent participer dans leur fonction
d’encadrement, par une position offensive et audacieuse, à la défense de la discipline
et part voie de conséquence à la reconnaissance de la souffrance psychique.
Pour
finir, il me semble plus important encore de souligner que le pragmatisme que
nous impose la rationalisation des moyens ne doit pas être une source de
renoncement à ce qui fait la force de notre expérience, mais peut être une
occasion de plus pour nous interroger sur ce que nous jouons individuellement
et collectivement au sein des institutions. Si l’évolution des infrastructures
paraît inéluctable, il faut qu’elle se fasse avec les soignants ancrée dans une réflexion éthique et en lien
avec la société dans laquelle elle évolue.
Par
ailleurs, n’oublions pas que la psychiatrie est toujours convoquée à l’asile et
qu’elle doit sans relâche lutter contre cette commande implicite pour permettre
à la société d’intégrer ceux d’entre nous qui lui sont étrangers. C’est bien
dans une position offensive, dynamique et créative que nous réussirons ce pari
et si je pense que nous pouvons réduire l’hospitalisation à la portion congrue
de notre activité, c’est bien aussi parce que nous serons capable d’organiser
des soins dans la cité C’est à dire une psychiatrie citoyenne, active et
engagée. Il nous revient d’être présents et moteurs dans les restructurations
pour élaborer de nouveaux modèles et construire la psychiatrie de demain.
Peut-être
s’agit-il d’une utopie, mais elle me paraît nécessaire à soutenir un engagement
quotidien auprès des personnes que nous accueillons. Autant d’ailleurs que
l’éthique va se trouver au chœur de ce projet : « nous
désignerons par éthique l’interrogation du sujet sur la finalité de ses actes,
interrogation qui le place d’emblée devant la question de l’autre… car
l’existence de l’autre, chaque fois que j’agis « fait question » …:
est-ce que je le reconnais dans sa radicale altérité ? … Dans tout ce que
je dis, à travers tout ce que je fais, au sein des institutions que je
fréquente : est-ce que j’accepte en dépit des difficultés que cela
comporte, de l’incertitude devant laquelle cela me place…de prendre ce
risque ? Telle est pour nous la question éthique fondamentale… La finalité
dernière étant bien l’émergence d’un sujet libre »[1].
Brigitte CURVAT
avec la contribution de l’AsCISM
Par un travail conjoint avec Michèle TORTONESE
(Communication présentée au Cours International
Santé mentale et communauté
Villeurbanne, le 20 mars 2002)