ASCISM

ASSOCIATION
des
CADRES et INFIRMIERS
EN SANTE MENTALE
Communiqué OMS/37
10 mai 2002
Selon une étude récente, la violence à l'encontre du personnel soignant
menace les services de santé
Une étude commune OIT/CII/OMS/ISP indique que partout la violence incite
les agents de santé à abandonner leur profession et l'offre en soins de
qualité s'en ressent.
Reconnue comme un problème sérieux dans de nombreux pays industrialisés,
la violence à l'encontre du personnel soignant est en fait un phénomène
mondial, selon la nouvelle étude. Au-delà des frontières, des cultures,
des conditions de travail et des groupes professionnels, la violence dans
les services de santé est une épidémie qui touche toutes les sociétés, y
compris celles des pays en développement.
Cette nouvelle étude a porté sur les pays en développement ou en économie
de transition, pour lesquels les données à ce sujet étaient rares ou
n'existaient pas. Elle* montre que plus de la moitié du personnel de santé
interrogé a été victime au moins une fois de violence physique ou
psychologique au cours de l'année précédente. En Afrique du Sud, la
proportion atteint 61 % et en Thaïlande 54 %. L'enquête a également été
menée au Portugal où 60 % des 212 personnes interrogées travaillant dans
un grand centre urbain de santé ont indiqué avoir été victimes d'au moins un épisode de violence au cours des 12 derniers mois.
En Bulgarie 37% et au Liban 41% des personnes interrogées ont signalé des actes de violence verbale, ce qui est une forme d'agression psychologique.
L'étude a été mandatée par un programme commun portant sur la violence au
travail dans le secteur de la santé, sous l'égide de l'Organisation
internationale du Travail (OIT), du Conseil international des Infirmières (CII) , de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de
l'Internationale des Services publics (ISP). Ce programme a pour objectif
de donner des orientations pour l'élaboration et la mise en oeuvre de
directives ou de politiques nationales et locales pour lutter contre la
violence au travail dans les services de santé.
Quelques points essentiels dans cette étude
Dans de nombreux pays, ce programme conjoint de recherche sur la violence a donné la première occasion d'évaluer la prévalence et la nature de la
violence au travail dans le secteur de la santé**. Les résultats,
présentés lors d'une consultation technique organisée récemment à Genève,
montrent que le phénomène est universel, bien que les caractéristiques
locales puissent varier. Les données établissent la trop grande fréquence
de la violence, ainsi que la nécessité d'intervenir d'urgence et de
prendre des mesures préventives.
La consultation a abouti à la conclusion que la violence psychologique
avait une forte prévalence (en plus de la violence physique très
répandue). De nombreux agents de soins signalent que la violence des rues
déborde dans les hôpitaux. En outre, le stress inhérent à la
restructuration de nombreux systèmes de santé est un facteur majeur qui
contribue à la violence dans ce milieu.
Personnel exposé
La violence touche l'ensemble du personnel soignant, qu'il s'agisse des
femmes ou des hommes, même si le risque est variable. Dans tous les pays
étudiés, le personnel ambulancier est extrêmement exposé. Les médecins et
les infirmières sont également fortement concernés, comme l'indiquent
toutes les enquêtes.
Conséquences
La consultation a souligné les conséquences négatives d'une violence aussi
fréquente sur l'offre dans le secteur de la santé, avec entre autres la
dégradation de la qualité des soins et l'abandon des professions de santé
par le personnel. La situation peut aboutir à une diminution de l'offre au
public et à une augmentation des coûts. Dans les pays en développement
notamment, l'accès généralisé aux soins est menacé si le risque de
violence conduit le personnel, déjà en quantité insuffisante, à abandonner
le secteur de la santé.
Autres résultats
Dans la plupart des pays étudiés, il n'y avait pas de directives
spécifiques aux lieux de travail pour éviter ou réagir à la violence.
Cette situation entraîne une notification inférieure au nombre des
incidents, un suivi insuffisant de ceux qui sont signalé, l'absence de
sanction pour leurs auteurs et le mécontentement des victimes.
Les travaux mettent également en lumière la relation fondamentale entre le
stress et la violence. En Afrique du Sud, un grand nombre de victimes
signalent des symptômes en relation avec l'état de stress post-traumatique
après avoir vécu un incident. Si le fait d'être victime d'actes de
violence dans le secteur de la santé provoque un stress important,
celui-ci est également à l'origine des comportements violents. Les données
confirment en outre que les témoins sont souvent tendus après avoir vu un
acte de violence.
La consultation a confirmé l'universalité des définitions utilisées pour
caractériser la violence au travail. Les données montrent que, dans ce
domaine, le secteur de la santé se trouve en première ligne. Cette étude
inédite a dégagé une perspective unique sur les situations et les
professions fortement exposées et elle permettra de concevoir des
interventions ciblées.
Comment traiter le problème
Le programme conjoint OIT/CII/OMS/ISP a rédigé des lignes directrices en
suivant une approche préventive, corrective, participative et
systématique. Il présente des stratégies pour reconnaître le phénomène,
évaluer le risque, intervenir, surveiller la situation et l'évaluer. Ces
lignes directrices sont en cours de révision, pour intégrer les
recommandations, et elles seront publiées dans les prochaines semaines.
Définitions de travail
L'enquête s'est appuyée sur les définitions suivantes :
Violence au travail
Incidents pendant lesquels la personne est victime d'un comportement
abusif, menacée ou agressée physiquement dans des circonstances liées à
son travail, y compris sur le trajet entre le domicile et le lieu du
travail, et impliquant une remise en cause implicite ou explicite de sa
sécurité, de son bien-être ou de sa santé.
Violence physique
Recours à la force physique contre une personne ou un groupe entraînant
des préjudices physiques, sexuels ou psychologiques. Elle comprend les
coups (coups de pied, de poing, gifles, etc.), l'utilisation des armes
blanches, des armes à feu, le fait de bousculer les victimes, les
morsures, les pinçages, etc.
Violence psychologique (sévices émotionnels)
Exercice intentionnel d'un pouvoir, avec éventuellement menace du recours
à la force physique, à l'encontre d'une personne ou d'un groupe, portant
préjudice à son développement physique, mental, spirituel, moral ou
social. Le terme recouvre les agressions verbales, les tracasseries, les
brimades, le harcèlement et les menaces.
Définitions des termes relatifs à la violence :
* Agression/Attaque
Comportement destiné à nuire physiquement à une autre personne. Les
agressions sexuelles (c'est-à-dire les viols) en font partie.
* Comportement abusif
Comportement qui humilie, dégrade un être humain ou indique de toute autre
manière un manque de respect de sa dignité ou de sa valeur.
* Tracasseries / brimades
Comportement agressif, répétitif et prolongé, qui consiste à tenter de
manière vindicative, cruelle et malintentionnée d'humilier ou d'affaiblir
un individu ou un groupe d'employés.
* Harcèlement
Toute conduite indésirable, unilatérale, fondée sur l'âge, l'incapacité,
le statut par rapport au VIH, la situation domestique, le sexe,
l'orientation sexuelle, la transsexualité, la race, la couleur, la langue,
la religion, les opinions politiques, l'appartenance à un syndicat, les
opinions, les croyances, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à
une minorité, la propriété, la naissance ou tout autre état, et affectant
la dignité des hommes et des femmes dans leur travail
* Harcèlement sexuel
Tout comportement indésirable, unilatéral et déplacé de nature sexuelle
offensant la personne concernée et constituant pour elle une menace, une
humiliation ou une gêne.
* Harcèlement de nature raciale
Toute conduite menaçante, unilatérale, indésirable, fondée sur la race, la
couleur, la langue, l'origine nationale, l'appartenance à une minorité, la
naissance ou tout autre état, et affectant la dignité des hommes et des
femmes dans leur travail.
* Menace
Promesse du recours à la force physique ou à l'exercice d'un pouvoir
(psychologique par exemple) induisant, pour la personne ou le groupe visé,
la peur de préjudices physiques, sexuels ou psychologiques ou d'autres
conséquences négatives.
Pour plus de renseignements, Veuillez vous addresser à l'un des membres du
Comité d'orientation:
Dr Naeema Al Gasseer, OMS, Genève. Tel. (+41 22) 791
2325; Fax (+41 22) 791 4747; E-mail: algasseern@who.int;
Dr Alex Butchard,
OMS, Genève, Tel (+41 22) 791 4001; Fax (+41 22) 791 4332; E-mail:
butcharda@who.int;
Dr Gabriele Ullrich, BIT, Genève, Tel (+41 22) 799
6819; Fax (+41 22) 799 7046; E-mail: ullrich@ilo.ch;
Dr Mireille Kingma,
ICN, Tel (+41 22) 908 0117; Fax (+41 22)908 0101; E-mail kingma@icn.ch;
Mr
Alan leather; PSI; WHO, Tel (+33 9 450 40664; Fax: (+33) 450 407320,
E-mail: alan.leather@world-psi.org
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