LE MINISTRE DE LA SANTE, DE LA FAMILLE
ET DES PERSONNES HANDICAPEES

Sous-Direction de la société et de la santé
Bureau de la santé mentale
Dgs/sd6C n°
Personne chargée du dossier :                       
Murielle RABORD
Tél  01 40 56 49 66
fax  01 40 56 40 44                                                       
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OBJET : Compte-rendu de la deuxième réunion du groupe de travail sur «la formation des infirmiers exerçant en psychiatrie» du 10 septembre 2002  : Conditions de mise en œuvre du volet psychiatrie de la formation initiale des infirmiers diplômés d’Etat.

P.J. :        - Liste des membres du groupe de travail.
        - Courrier DGS n°248 du 30 juillet 2002 relative à une enquête sur les conditions de mise en œuvre du volet psychiatrie de la formation initiale des infirmiers diplômés d’Etat dans les IFSI.

Participants :

M. Dominique BERTHELOT (CFDT)
M. Didier BIRIG (FO/Fédération des personnels des services publics et de santé)
M. Pierre COUQUET (UNAFAM)
Mme Anne DARDEL (Association Nationale de Formation des personnels Hospitaliers)
M. Bertrand DELAPEYRE (SNCH)
M. Gérard DUBRUQUE (CFTC/Fédération Santé Sociale)
M. le Dr Jean FERRANDI (CHG de Meulun)
M. Marc LIVET (Association des Cadres Infirmiers en Santé Mentale)
M. Patrick NICOLAON (Fédération nationale SUD santé sociaux)
Mme Martine PERRASSE (Comité d’Entente des Formations Infirmières et Cadres)
Mme Annick PERRIN-NIQUET (Comité d’Etudes des Formations Infirmières)
Mme Laurence TINIERE (CGT/UFMICT)
M. Alain VIGNE (UNSA santé sociaux)

Mme Nathalie CUVILLIER, DGS-Chef du bureau SD6C santé mentale
Mme Murielle RABORD, DGS-bureau SD6C santé mentale
Mme Marie-Thérèse MASLANKIEVICZ, DGS-bureau SD2C formation des professionnels de santé
Mme Evelyne BONNAFOUS, DHOS-bureau O2 organisation de l’offre régionale de soins et populations spécifiques.

Auditions  :

Mme Chantal CATEAU, Directrice d’IFSI à Chartres
Mme Bernadette MIROUX, Directrice d’IFSI à Lille

Excusés :

M. Jean-Marie BOBILLO (Conférence des Présidents de CME de CHS)
M. Robert FESCHET (CFE/CGC/Fédération Française Santé et Action Sociale)
Mme Claude FINKELSTEIN (FNAP’ PSY)
M. Patrice VAYNE, DHOS-bureau P1politique des ressources humaines et de la réglementation générale des personnels hospitaliers
M. Louis René AUBENAS, DHOS-Chef adjoint du bureau P2 professions paramédicales, statuts et personnels hospitaliers


En préalable des discussions sur la thématique de cette séance, quelques déclarations générales ont été émises par des membres du groupe. Elles concernent  :

- Le calendrier des travaux du groupe  :

Des membres du groupe réitèrent leur souhait que ces travaux s’inscrivent dans la durée et ne soit pas à tout prix bouclés pour la fin de l’année. Par ailleurs, au regard du contexte général d’exercice de la profession infirmière, certains membres craignent que les indispensables recommandations relatives à la formation infirmière en psychiatrie restent vaines.

Certains membres du groupe rappellent cependant que le contenu d’une formation complémentaire obligatoire est déjà travaillé  depuis une dizaine d’années. L’importance réside aujourd’hui selon eux dans l’adoption d’un cadre réglementaire relatif à cette formation.

Nathalie CUVILLIER indique que le temps nécessaire sera pris en rappelant toutefois l’importance d’une date butoir pour ces travaux, de manière à engager ensuite rapidement les arbitrages requis au vu des propositions du groupe.


- le contenu de la formation initiale  :

Mme TINIERE (CGT) indique que son organisation syndicale a effectué un travail de relecture des textes réglementaires relatifs au contenu de la formation initiale des infirmiers DE. Elle estime que le programme de formation est complet, et que le problème réside plus dans sa mise en œuvre. Elle ajoute qu’un débat est nécessaire sur les intitulés des stages  : un étudiant pouvant ne jamais intégrer un service de psychiatrie alors qu’il valide un stage «é mentale et psychiatrie  ».

Les membres du groupe abondent en ce sens en précisant toutefois pour certains que cette formation initiale n’est pas satisfaisante pour un exercice pertinent en psychiatrie.

Il est toutefois rappelé la nécessité de relativiser le jugement des anciens infirmiers de secteur psychiatrique qui ont une tendance toute naturelle à critiquer l’instauration d’un nouveau diplôme infirmier et la capacité des infirmiers issus de cette formation. Des membres du groupe insistent sur la nécessité de laisser du temps pour l’expérience  ; la compétence infirmière résultant du savoir et de l’expérience.



- l’enquête auprès des IFSI  :

L a représentante du CEFIEC indique que le questionnaire relatif à la mise en ouvre du volet psychiatrie de la formation initiale des infirmiers semble non perçu à sa juste valeur par les IFSI. Les IFSI craignent en effet que ce questionnaire précède la mise en place d’un kit de formation «  » en psychiatrie à l’instar de ce qui a été fait dans le domaine de la transfusion sanguine.

Le CEFIEC s’engage à contacter les IFSI pour réexpliquer dans quel cadre s’inscrit le groupe de travail et de la nécessité d’objectiver la mise en œuvre réelle de la formation pour ces travaux.

S’agissant du champ exploré par l’enquête, il sera précisé qu’il concerne pour une même année scolaire l’ensemble du cursus de formation et non uniquement la 3 ème année.

- la formation complémentaire  :

M. Didier BIRIG (FO) indique que son organisation syndicale considère que le principe d’une éventuelle formation complémentaire ne doit s’envisager que dans le cadre général d’une réflexion sur la formation infirmière, dont la formation initiale. Le groupe devant ainsi avant d’envisager une quelconque formation complémentaire, travailler à des propositions concrètes d’aménagement de la formation initiale afin que cette dernière soit effective.

Mme PERRIN-NIQUET (CEFI) précise que son association a repéré beaucoup d’initiatives différentes de formation d’adaptation à l’emploi en service de psychiatrie et propose une remontée écrite au groupe de travail.

***

Cette première séance consacrée à la mise en œuvre du volet psychiatrie de la formation initiale des infirmiers DE débute par l’audition de deux directrices d’IFSI, Mme MIROUX (Lille) et Mme CATEAU (Chartres).

Intervention de Mme MIROUX, directrice d’IFSI à Lille  :

Mme MIROUX indique que l’IFSI dont elle assure la direction a un statu associatif et qu’elle connaît des difficultés de recrutement de formateurs qui au regard du niveau de salaire, privilégient les IFSI publics. Toutefois, le recrutement par l’IFSI d’un cadre infirmier psychiatrique a permis la mise en place du volet psychiatrie de la formation. ¼ des étudiants choisissent la psychiatrie à l’issue de leur formation par cet IFSI.

- Concernant la philosophie de l’enseignement par l’IFSI, Mme MIROUX précise que le programme proposé est basé sur le principe de la polyvalence de l’infirmier  : l’objectif recherché vise à permettre aux étudiants «apprendre à apprendre  », notamment par la motivation à travailler en réseaux ou à rechercher l’information nécessaire à une bonne pratique de soins infirmiers. Elle indique que la problématique de la formation infirmière en psychiatrie ne luis semble pas très différente de celle d’autres disciplines (cardiologie…).

- Concernant le contenu de la formation en psychiatrie, une réflexion régionale a été menée avec le CEFIEC pour mettre en œuvre un socle minimum commun d’enseignement dans les IFSI de la région tout en respectant les projets pédagogiques de chaque IFSI.
Par ailleurs, l’IFSI effectue un travail avec l’intra et l’extra-hospitalier, ainsi que les associations sociales accueillant les personnes en difficulté psychique ce qui facilite le déroulement des stages cliniques.


- L’enseignement du volet psychiatrie de la formation initiale proposé est le suivant  :

. Concernant l’enseignement théorique, la première année est consacrée au module relatif aux «
des personnes atteintes de névroses  », la deuxième année au module relatif aux «  soins des personnes atteintes de psychoses  » et la troisième année aux modules relatifs aux adolescents et personnes âgées ainsi qu’à la neuro-psychiatrie. Il n’y a pas de modules optionnels de santé mentale, car l’IFSI procède à des échanges avec les 6 autres IFSI de la région.

Afin de maintenir la cohérence de l’enseignement, s’agissant des sujets transversaux, un lien avec les autres séquences est effectué dans chaque module d’enseignement par l’intervention d’un formateur du module concerné.

. Dans le cadre des stages, l’IFSI insiste sur l’importance de la mise en situation professionnelle et a élaboré à cet effet une grille d’évaluation des capacités professionnelles avec notamment l’aide de soignants exerçant en psychiatrie. Mme MIROUX indique l’importance également de l’intervention d’équipes soignantes à l’IFSI.

- Deux niveaux de difficultés sont identifiés par l’IFSI  :
. d’une part, l’obtention d’un nombre suffisant d’intervenants soignants au regard de la démographie paramédicale et médicale locale. Mme MIROUX précise toutefois que tous les établissement public de santé participent à cette formation.
. d’autre part, la difficulté de trouver des lieux de stage  en pédo-psychiatrie.


Intervention de Mme CATEAU, directrice d’IFSI à Chartres  :

Mme CATEAU précise les principes qui sous-tendent le projet pédagogique de son établissement. Au regard de l’évolution du domaine de la santé, il est proposé de dépasser la logique «ôme  » pour tendre vers une logique de compétence. Le principe étant celui de la 1a formation continue : la formation initiale étant considéré comme un socle basique minimum de connaissance. La compétence s’acquiérant ensuite dans le cadre de l’expérience professionnelle. Mme CATEAU estime que 5 ans sont nécessaires après la formation initiale pour acquérir cette compétence.

L’IFSI de Lille a fait le choix d’un renforcement de l’axe science humaine dans son enseignement  dès le début de la formation afin de donner des bases solides permettant ensuite d’aborder l’enseignement des pathologies dans un contexte qui prend alors tout son sens.

Ainsi, la 1ère année  consiste à privilégier l’enseignement en Science humaine, en Sémiologie et à intégrer la démarche éducative, de prévention et de santé publique ainsi que des concepts fondamentaux  comme la vie, la mort ou la relation d’aide.

Cette approche transversale est un lien fort enseigné de septembre à décembre. L’ensemble des concepts précités sont réabordés ensuite dans chaque module au fil de l’ensemble de la formation.

S’agissant des modules théoriques par pathologies, la méthode pédagogique est axée sur des travaux en petit groupe. Les formateurs deviennent des «ressources  » et l’étudiant est dans une logique de production active.

Ce programme a été conçu avec l’aide d’un infirmier généraliste et privilégie notamment l’intervention de psychologues et de sociologues.

C’est le projet professionnel et les stages qui vont déterminer l’orientation professionnelle.

S’agissant des stages, l’IFSI développe un travail sur l’alternance  : la préparation de stage, le bilan et l’évaluation des stages sont travaillés en lien étroit avec les cadres et les professionnels des terrains de stages. Ces professionnels viennent se présenter aux étudiants dans le cadre de cours à L’IFSI. Une grille de comportement professionnel en psychiatrie a été travaillée au niveau régional.

Mme CATEAU indique qu’en novembre, sur 58 étudiants, 20 s’orienteront en psychiatrie.


Discussion du groupe sur les conditions de mise en œuvre de la formation initiale:

- La question des moyens des IFSI est évoquée et plus particulièrement la difficulté de recrutement de formateurs  : en raison de l’absence de réelle reconnaissance statutaire et de la faiblesse de la rémunération, il manquerait environ 820 enseignants.


- Le groupe reconnaît l’importance du projet pédagogique de l’IFSI tant dans la mise en œuvre du volet psychiatrie que dans l’attractivité de l’exercice en psychiatrie pour les étudiants. Il s’agit d’éviter l’empilement des savoirs, au profit de l’acquisition d’une compétence plus générale.

Mme PERRASSE indique que le CEFIEC a mis en place un groupe de travail, composé notamment d’universitaire (M. Michel Devray), dont Mme CATEAU est la référente, pour permettre aux IFSI de fonder plus largement la formation des infirmiers au delà des seules disciplines médicales. Cette réflexion rejoint celle menée par la commission nationale sur la 1ère année commune des études médicales et paramédicales en projet.


- Le groupe considère également qu’au delà du rôle de l’IFSI, l’implication des professionnels des terrains de stage en psychiatrie est essentielle  : les équipes soignantes constituent en effet de véritables co-formateurs.

Les membres du groupe soulignent la nécessaire disponibilité des équipes soignantes pour aider l’étudiant en stage à mobiliser ses connaissances dans la pratique clinique, à reprendre les situations afin d’utiliser ces connaissances techniques en lien avec sa capacité d’analyse. C’est la bonne compréhension des situations qui permet à l’infirmier d’être auteur de sa fonction. Cet apprentissage ne peut être conduit que dans un cadre professionnel et non lors des enseignements théoriques.

Le groupe insiste ainsi sur l’importance de l’encadrement des étudiants sur les terrains de stages et donc sur l’investissement des cadres de santé infirmiers à cet égard.

Pour ce faire, outre l’incitation à des rencontres préalables au déroulement de stages entre le directeur de l’IFSI et le directeur de soins infirmiers des établissements de santé, plusieurs orientations sont proposées par les membres du groupe  :

- rappeler au personnel d’encadrement infirmiers sur les IFSI, les termes du décret de compétence selon lesquel l’encadrement des étudiants constitue un rôle propre  de l’infirmier, les attentes des étudiants  et la notion de référent…  ;

- inciter à ce que la réflexion sur la formation initiale et les stages en psychiatrie soit menée par les établissements de santé en lien avec les IFSI avant la présence effective de l’étudiant. Il s’agit ici de repositionner le stage en psychiatrie dans l’ensemble de la formation dispensée aux étudiants et d’instaurer un véritable système de stage par alternance.  Dans ce cadre, le formateur IFSI devrait venir sur les lieux de stage pendant le stage de l’étudiant et l’équipe soignante devraient intervenir dans les IFSI.
Cette orientation vise à faire évoluer l’IFSI vers une fonction d’ingénieurie de la formation impliquant fortement le milieu soignant, au delà de la seule fonction d’enseignement  ;

- inciter à ce que le tuteur des étudiants ne soient pas toujours les mêmes professionnels  : tout infirmier doit pouvoir encadrer un étudiant. Il s’agit également de permettre une réactualisation des compétences pour les anciens infirmiers. La question du lien entre formation initiale et formation continue est ainsi posée  ;

- renforcer l’implication des médecins chefs de services de psychiatrie dans la mise en œuvre des stages en psychiatrie et plus globalement dans le déroulement de la formation initiale en psychiatrie.

En tout état de cause, le groupe préconise que les secteurs de psychiatrie s’orientent vers une réflexion et un travail avec les IFSI en amont pour élaborer une réelle stratégie de stage en psychiatrie.


- Certains membres du groupe évoquent cependant le contexte difficile tant pour les IFSI que pour les équipes de psychiatrie en terme de moyens humains et de temps, au moment même où augmente le nombre d’étudiants dans les IFSI. Outre le manque en personnel infirmier en intra hospitalier, il est également difficile de trouver des terrains de stage en extra-hospitalier.

Il est cependant rappelé que le lien avec les moyens s’il existe, n’est pas toujours vérifié, dans la mesure où des établissements publics de santé bien dotés n’ont pas toujours cette démarche de co-formation. Par ailleurs, la réflexion sur l’accueil des stagiaires incite à un travail de l’équipe soignante sur sa propre démarche de soins et peut donc entraîner une remobilisation créatrice autour du projet de soins et devenir ainsi un levier d’actions pour l’attractivité des professionnels.


Discussions  du groupe sur la formation complémentaire  :

- Au regard de ces premières réflexions sur les conditions de mise en œuvre du volet psychiatrie dans la formation initiale, les membres du groupe considèrent que le contenu d’une formation complémentaire en soins infirmiers en psychiatrie devraient intégrer notamment les éléments suivants  :

. la question de la relation de soins  : il s’agit de permettre à l’infirmier de se situer dans sa relation de soins. En effet, il manque dans la formation initiale une aide pratique à l’exercice infirmier en psychiatrie qui au delà des actes, comprend la nécessité pour l’infirmier d’un travail sur soi lui permettant de repérer et identifier chez le patient, une situation de soin et une situation de vie.


- Cependant, au vu des discussions de cette séance, certains membres du groupe s’interrogent sur la nécessité de dispenser une formation complémentaire obligatoire à l’ensemble des nouveaux infirmiers DE s’orientant vers un exercice en psychiatrie. Ces nouveaux diplômés ayant une capacité d’adaptation. Une formation complémentaire devrait, selon eux, plutôt s’envisager et être travaillé en fonction de compétences précises attendues dans l’exercice infirmier en psychiatrie.


- Par ailleurs, certains membres du groupe réitèrent leur crainte qu’une formation complémentaire obligatoire en psychiatrie porte atteinte au statut unique des infirmiers, et à la polyvalence de fonction qui en découle.


CONCLUSION  :

Les membres du groupe sont d’accord pour que la prochaine réunion ait lieu le 22 octobre prochain et non pas le 1er octobre afin que le groupe puisse disposer de premiers résultats de l’enquête DGS auprès des IFSI, pour la poursuite de ses travaux. La remontée des questionnaires étant prévue pour le 9 octobre.