ASCISM

ASSOCIATION
des
CADRES et INFIRMIERS
EN SANTE MENTALE



La souffrance mentale insultée

PRESIDENT, RESPECTEZ L'AUTISME


Ca recommence ! Et c¹est trop ! Lors d¹une récente campagne électorale, Jean-Marie Le Pen s¹était adressé à l¹un de ses adversaires en le traitant de schizophrène. Cette fois-ci c¹est vous, Président, qui dérapez, en qualifiant la politique du gouvernement d¹autiste. C¹était à Marseille, la semaine dernière, lors de votre premier meeting de campagne. Pour dénoncer la mise en place des 35 heures, vous avez affirmé: « Ce qui est absurde et pervers, c¹est la volonté de régenter, de manière autoritaire, autiste et uniforme, la situation du monde économique et du monde du travail. »

Autiste : ah le joli mot ! Comme il tombe bien ce petit mot de sept lettres. Associer autoritaire et uniforme à autisme pour mieux dénoncer une volonté qualifiée d¹absurde et perverse, il fallait oser ! Avec, bien sûr, une interrogation majeure pour nous : prompteur ou pas prompteur ? En effet, l¹analyse n¹est pas exactement la même : préméditation ou improvisation ? Structuration d¹une pensée ou libération émotionnelle des affects ? En toute hypothèse, un propos inacceptable.

Voyez-vous, Président, l¹autisme - peut-être faut-il le rappeler - n¹est pas un défaut, ni une perversité de la volonté mais une grave maladie, qui crée un souffrance psychique considérable. En fait, il n¹est nul besoin ici d¹en dire davantage : chacun sait, et vous comme les autres, que l¹autisme est l¹une des plus redoutables atteintes mentales. Comme chacun connaît le désarroi des proches, l¹attention des thérapeutes, et l¹appui des associations, tous cherchant avec science, patience et ténacité, à comprendre cette fragilité, à restaurer les liens qui font la vie. Avec finalement un constat, un constat beau comme la vie : l¹autiste nous apprend beaucoup.

Alors, faites vos discours, enflammez vos meetings, nourrissez vos polémiques. Mais de grâce, fichez la paix aux autistes et ne les insultez pas. Et comprenez d¹autant mieux notre colère que votre programme électoral - publié nous dit-on, à douze millions d¹exemplaires - ne comporte pas un mot sur la santé mentale. Certes, vous n¹êtes pas le seul dans cet oubli, mais dénigrer un adversaire politique en lui imputant une souffrance mentale est vraiment hors norme. Asocial. Irresponsable. Dites-nous que ce mot vous a échappé. Cela fera du bien.

Marc Livet
Cadre Infirmier Supérieur en psychiatrie
Président de l¹Ascism
(Association des Cadres et Infirmiers en Santé Mentale)